Pre­mier long-métrage de Stéphan Cas­tang, Vin­cent doit mourir repose sur une injonc­tion arbi­traire con­tenue dans son titre : d’un jour à l’autre, Vin­cent (Karim Lek­lou) devient sans rai­son la cible de vio­lences per­pétrées par dif­férentes per­son­nes de son entourage. Comme le per­met sou­vent ce type de scé­nar­ios à con­cept, l’incongruité de la sit­u­a­tion réus­sit aux pre­mières séquences :  l’absurde s’immisce pro­gres­sive­ment dans le quo­ti­di­en de Vin­cent pour y déploy­er une inquié­tante étrangeté. Ain­si, dans la réu­nion de tra­vail qui ouvre le film, une moquerie lancée machi­nale­ment par Vin­cent à un sta­giaire prend d’étranges pro­por­tions en provo­quant un silence glacial dans l’assemblée, avant que ce même sta­giaire, dans la séquence suiv­ante, frappe bru­tale­ment le crâne de Vin­cent avec un clavier d’ordinateur. Le pos­tu­lat du film tient tant que Cas­tang donne à voir un pur dérè­gle­ment du monde, jouant – comme c’est actuelle­ment la ten­dance dans le ciné­ma de genre français[1]– sur le mélange de tons hor­ri­fiques et comiques.

Mais l’absurdité s’estompe lorsque le pro­tag­o­niste choisit de se repli­er à la cam­pagne après avoir décou­vert l’existence d’une com­mu­nauté virtuelle de parias qui, atteints du même mal que lui, vivent reclus. S’écartant de sa mod­estie orig­inelle, le film se mue alors en sur­vival, Vin­cent ne pou­vant bien­tôt plus inter­a­gir avec per­son­ne : le sim­ple fait de crois­er le regard de son fac­teur lui vaut de s’engager avec lui dans un com­bat à mort. S’ébauche alors une vision gra­tu­ite­ment déclin­iste de la société : cette dernière serait en régres­sion et le lan­gage en voie d’être rem­placé par la vio­lence physique, on ne serait plus en sécu­rité que chez soi, etc. Le pro­pos s’enlise encore davan­tage dans la deux­ième par­tie, con­cen­trée sur la ren­con­tre amoureuse entre Vin­cent et Mar­gaux (Vimala Pons), qui cède à la facil­ité d’opposer leur amour à la haine qui s’est alors emparée de la société entière : à la fin, les per­son­nages tra­versent un paysage de guerre civile, fuyant l’apocalypse comme les ultimes représen­tants de l’humanité. En courant après son allé­gorie, le film nég­lige les artic­u­la­tions de son réc­it, qui finit par ne plus repos­er que sur une suite de pas­sages en force ; il paraît surtout se con­tenter de brass­er arti­fi­cielle­ment de bien vagues peurs con­tem­po­raines.

Notes

Notes
↑1 Voir les récents Tout fout le camp (2022) ou L’Année du requin (2022).