Emil­iano, jeune habi­tant d’un vil­lage rur­al mex­i­cain, est à la recherche de sa mère. Mil­i­tante écol­o­giste, celle-ci a été assas­s­inée cinq ans aupar­a­vant par une police cor­rompue, pour avoir protesté con­tre l’implantation d’une mine dans la région. Mis sur la piste des poten­tiels coupables, le jeune homme ori­ente son enquête vers les Aldama, riche famille bour­geoise pos­sé­dant des actions dans l’entreprise exploitant le gise­ment. Bien vite, l’intrigue gravite essen­tielle­ment autour de cette lignée, dont l’enquête d’Emiliano a pour but d’exposer la duplic­ité. Ain­si cir­con­scrit, le film déplace les traits élé­men­taires du thriller (une atmo­sphère trou­ble d’incertitude, l’élucidation d’un mys­tère) pour tra­vailler une dynamique du dévoile­ment con­sis­tant à don­ner à voir la vio­lence insou­ciante dis­simulée sous la bon­homie bour­geoise. Pour fig­ur­er la faus­seté des Aldama, Amat Escalante truffe Lost in the Night de con­ver­sa­tions équiv­o­ques et de gim­micks sim­plistes : la mère est actrice, la fille une star des réseaux soci­aux et Rigob­er­to le beau-père, un artiste con­tem­po­rain adepte de per­for­mances. Ce déploiement grossier d’une gamme de faux-sem­blants ne s’accompagne toute­fois pas d’une mise en scène ren­dant sen­si­ble le dou­ble jeu. De fait, Lost in the Night sem­ble figé dans un sys­tème esthé­tique enchaî­nant les mêmes plans impec­ca­ble­ment com­posés, au risque que les per­son­nages soient cloués par un regard glacé d’entomologiste.

Emil­iano appa­raît comme englué dans l’ambre, se débat­tant futile­ment dans un film her­mé­tique­ment clos. Pris dans une toile d’énigmes dont l’élucidation fig­ure en réal­ité dès l’ouverture (où un rac­cord lie la vil­la cos­sue des Aldamas à la man­i­fes­ta­tion anti-mine), Lost in the Night fait spec­ta­cle d’une enquête insignifi­ante où tout est d’emblée don­né. Le film a beau mul­ti­pli­er les enjeux et les pistes inter­pré­ta­tives, ses per­son­nages restent piégés dans un triste sur­place. Inca­pable de fig­ur­er l’errance d’Emiliano, la mise en scène d’Amar Escalante n’atteint jamais cette nuit à laque­lle elle aspire.