Le titre large­ment ironique de How to Have Sex dis­simule un hori­zon bien plus sérieux : ren­dre compte des vio­lences sex­uelles et du malaise d’une généra­tion face à sa sex­u­al­ité[1]. Pour ce faire, Mol­ly Man­ning Walk­er suit Tara (Mia McKen­na-Bruce), Fi (Eilidh Loan) et Skye (Lara Peake), trois jeunes Anglais­es par­tant en vacances en Grèce avec pour objec­tif de mul­ti­pli­er les con­quêtes, et qui se lient rapi­de­ment à deux garçons occu­pant la cham­bre d’hôtel avoisi­nant la leur. Le film va alors peu à peu déjouer le pro­gramme esquis­sé par son titre, dévoilant le mal-être que dis­simule l’enthousiasme sur­joué de ces jeunes adultes. Dans une pre­mière demi-heure assez con­v­enue, Walk­er com­mence par doc­u­menter, caméra à l’épaule, les débuts de ces vacances stan­dard­is­ées (à l’image des ani­ma­teurs qui organ­isent des rites d’humiliation par­ti­c­ulière­ment cru­els pour les filles). S’y des­sine un monde où tout est si ouverte­ment sex­uel que plus rien ne saurait être éro­tique.

Le film gagne en épais­seur à par­tir du moment où Walk­er se recen­tre sur le per­son­nage de Tara pour fig­ur­er l’an­goisse qu’elle com­mence à ressen­tir. Ce désen­chante­ment, qui se traduit aus­si dans l’évolution des couleurs de boîte de nuit (d’abord mul­ti­col­ores et fes­tives, elles finis­sent par affich­er un bleu mono­chrome), cul­mine dans une scène de viol par­ti­c­ulière­ment glaçante. Si la con­clu­sion esquisse douloureuse­ment une libéra­tion de la parole, Walk­er exhibe les apor­ies d’une époque plus qu’elle ne les résout : au moment où Tara com­mence à se con­fi­er, son vis­age appa­raît frag­men­té par les miroirs d’un mag­a­sin. Un autre hori­zon éman­ci­pa­teur tra­vaille toute­fois le film en sour­dine : celui qui relie toutes les formes de com­mu­ni­ca­tion non-ver­bale saisies au vol par la cinéaste, comme autant de com­pen­sa­tions à la mal­adresse qui règne sou­vent entre les per­son­nages. En général réduit à quelques gestes dis­crets cap­tés au milieu d’une scène, ce con­tre-mou­ve­ment se déploie pleine­ment dans l’une des séquences les plus réussies. Lors d’une nuit passée avec Bad­ger, où Tara écoute pour la seule fois son pro­pre désir, Walk­er mon­tre que dans un silence partagé, comme dans le soin qu’on met à fer­mer une porte pour ne pas réveiller quelqu’un, il peut y avoir bien plus de com­plic­ité que dans un rap­port sex­uel.