Aux États-Unis, Ren­field a béné­fi­cié d’une inex­plic­a­ble indul­gence de la part de la cri­tique, qui a cru dis­cern­er une cer­taine fraîcheur dans le souf­fle pour­tant putride de son vam­pire. Drac­u­la y est cette fois-ci cam­pé par Nico­las Cage, dont les mim­iques épuisantes, cen­sées réc­on­cili­er Lon Chaney et John­ny Rot­ten, se sol­dent par une grotesque car­i­ca­ture de Christo­pher Lee. La seule idée notable de cette comédie hor­ri­fique jamais drôle est la rela­tion de codépen­dance entretenue par le funeste comte et son valet, qui finit par rejoin­dre un groupe de parole dans l’espoir de se défaire de sa sujé­tion. À peine requin­qué par un énième bain de sang, son maître pactise avec une cheffe de gang locale pour sub­juguer la Nou­velle-Orléans et, par­tant, le reste du monde. Le choix de cette ville est une ten­ta­tive mal­adroite d’aboucher ce Ren­field sans mor­dant à Entre­tien avec un vam­pire, où Tom Cruise, l’exact con­tem­po­rain de Cage, réus­sis­sait à con­fér­er bien plus d’ambiguïté au per­son­nage de Lestat. Tout sauf géniale, l’œuvre de Neil Jor­dan avait au moins le mérite d’anticiper la tra­jec­toire de la super­star hol­ly­woo­d­i­enne, « en pronos­ti­quant les apor­ies exis­ten­tielles d’un surhomme rongé de l’intérieur par sa stéril­ité, lancé au-devant d’une immor­tal­ité qui le con­damn­era irrémé­di­a­ble­ment à la soli­tude »[1].

Ren­field n’a en revanche rien à dire sur sa vedette, réduite à n’être que l’attraction foraine d’un film qui noie son pos­tu­lat sous un dégueulis d’effets numériques dopés aux glob­ules rouges. Cadrées n’importe com­ment, les scènes d’action recy­clent machi­nale­ment les fig­ures imposées des deux gen­res aux­quels s’abreuve sans ver­gogne ce sous-pro­duit com­pos­ite, qui pra­tique l’emprunt comme d’autres trafiquent les organes : les films de super-héros et d’animation, que Chris McK­ay avait déjà traités d’un seul ten­ant, avec son Lego Bat­man, qui don­nait libre cours à une même frénésie par­o­dique, hys­térisée ici par le jeu des acteurs (men­tion spé­ciale à l’insupportable Ben Schwarz). Elle con­stitue le dernier clou dans le cer­cueil de ce pas­tiche pop ran­ci, où som­meille la dépouille de Nico­las Cage, avant son prochain navet.

Notes

Notes
↑1 Louis Blan­chot, Les Vies de Tom Cruise, Capric­ci, 2016.