Le champ d’action de Riposte Fémin­iste, comme l’affirme la voix off inau­gu­rale, est volon­taire­ment restreint. Afin de « doc­u­menter » leurs actions, Marie Peren­nès et Simon Depar­don vont à la ren­con­tre de dix asso­ci­a­tions fémin­istes qui, partout en France, s’emploient par des col­lages sur les murs des villes à retourn­er la vio­lence patri­ar­cale à tra­vers la lim­pid­ité de slo­gans bien choi­sis ou l’exposition sur la voie publique de cas de vio­ls et de fémini­cides. Mais la rigueur du pro­gramme annon­cé se heurte bien vite à ce qui ani­me au fond le geste des cinéastes. En voulant racon­ter l’histoire des autri­ces de ces col­lages anonymes, les cinéastes cherchent surtout à por­trai­tis­er avec ten­dresse les jeunes étu­di­antes qu’ils ont choisi de filmer par l’entremise d’un dis­posi­tif répété tout au long du film. Caméra sur pied, cadre ser­ré sur les vis­ages atten­tifs à l’expressivité des traits, le film égraine les con­ver­sa­tions entre les mil­i­tantes, qui exposent les modal­ités de leur action autour d’un verre ou d’un repas. Ce sys­té­ma­tisme a un revers : le film se retrou­ve bien vite embar­rassé par la mul­ti­plic­ité des cas et des fig­ures présen­tées, ne par­venant jamais à inve­stir pleine­ment la sin­gu­lar­ité d’un engage­ment et d’une his­toire intime, ni même à jus­ti­fi­er la per­ti­nence de ce tour de France entre­pris. Le con­texte qui pré­side à l’action de cha­cune des activistes, qu’il soit géo­graphique, his­torique ou intime, paraît curieuse­ment effacé par la rou­tine de la mise en scène. À tra­vers les images touris­tiques que les cinéastes choi­sis­sent de mon­tr­er (la « Bonne Mère » à Mar­seille, un porte-con­teneur au Havre, le Rhône à Lyon), les villes tra­ver­sées sem­blent par­ti­c­ulière­ment dévi­tal­isées.

On sent bien que cette struc­ture éclatée vise surtout à pro­duire un effet boule de neige pour fig­ur­er un sup­posé élan nation­al, principe qui cul­mine dans la cap­ta­tion d’une man­i­fes­ta­tion parisi­enne. Au-delà de l’artificialité de ce cen­tral­isme con­tes­tataire – ce défilé dans la cap­i­tale étant com­pléte­ment décon­tex­tu­al­isée, seule sa place dans le mon­tage lui con­fère cette fonc­tion de point d’acmé –, les cinéastes cèdent à cet endroit à une emphase un peu molle : ces images de fumigènes et la mon­tée en ten­sion qu’elles fig­urent, notam­ment lorsqu’une poignée d’ultra-catholiques vient provo­quer le cortège avec des prières anti-avorte­ment, ne dis­ent au fond pas grand-chose de la colère et de la sin­gu­lar­ité des moyens d’action des mil­i­tantes. Il y avait pour­tant une autre voie pos­si­ble pour en ren­dre compte : les fameux col­lages, dont la forme même et la vio­lence des his­toires qu’ils racon­tent sont très peu inter­rogés au sein du film. En les fil­mant tou­jours pour ce qu’ils sont, à savoir des col­lages, mais jamais pour ce qu’ils provo­quent – les réac­tions qu’ils sus­ci­tent, la manière dont ils vien­nent grif­fer les rues vides en exposant des crimes invis­i­bil­isés –, les cinéastes désamor­cent la façon même dont ils par­ticipent d’une « riposte », qui donne pour­tant son titre au doc­u­men­taire. L’étrange séquence con­sacrée à la ren­con­tre entre une équipe de colleuses et la séna­trice Lau­rence Rossig­nol est, à ce titre, élo­quente sur la nature pro­fondé­ment sage de l’objet. Récep­tive et ent­hou­si­aste, l’élue pro­pose une solu­tion idéale : con­stru­ire un mur com­mu­nal dans chaque ville où les colleuses pour­raient affich­er en toute légal­ité leur mes­sage. C’est en quelque sorte ce que film pro­duit à tra­vers son med­ley final de col­lages dis­séminés dans toute la France comme le ferait un bon album pho­to de street art, livrant par là un acte de con­tes­ta­tion quelque part déjà insti­tu­tion­nal­isé.