Avec son titre pro­gram­ma­tique, le nou­veau film de Manuel Nieto Zas ne fait pas de mys­tère du prob­lème cap­i­tal qu’il s’attache à traiter : le rap­port de force entre dom­i­nant et dom­iné. C’est ici la vieille lutte des class­es qui est mise en scène, à tra­vers le rap­port ambigu et con­flictuel noué entre un employé et son employeur. Le réc­it s’in­scrit dans un héritage for­di­en qui n’est pas le plus en vogue : il n’est ques­tion que des liens qui unis­sent les dif­férents per­son­nages, dont la mise à l’épreuve est ren­due sen­si­ble par les grands espaces qu’ils tra­versent et les déplace­ments qu’ils effectuent (se rap­procher, s’éloigner). Dans une région rurale uruguayenne, un acci­dent de tracteur ébran­le sérieuse­ment l’équilibre qui rég­nait entre deux familles que tout oppose : celle d’un jeune pro­prié­taire ter­rien (Nahuel Perez Bis­ca­yart), l’employeur et donc respon­s­able, et celle du con­duc­teur fau­tif mais endeuil­lé par le drame (Cris­t­ian Borges). Si les deux clans se situent aux deux extrémités de l’échelle sociale (les mem­bres de la pre­mière emploient, depuis plusieurs décen­nies, ceux de la sec­onde), le cinéaste n’établit pas pour autant de hiérar­chie claire entre eux, refu­sant en quelque sorte la ver­ti­cal­ité de leur rela­tion.

Celle-ci se matéri­alise plutôt par une mise à dis­tance que les pro­tag­o­nistes vien­nent combler par des déplace­ments hor­i­zon­taux. Par exem­ple, lors du recrute­ment du tra­vailleur, l’employeur doit faire l’épreuve d’une longue marche (cap­tée par un lent trav­el­ling) et d’une série d’obstacles (un champ, une forêt, une riv­ière à tra­vers­er) pour par­venir jusqu’à lui. Le long de ce monde hor­i­zon­tal, avec ses champs clô­turés et ses routes sans fin qui étab­lis­sent les lim­ites du plateau de jeu, le rap­port de force appa­raît tou­jours brouil­lé : dans une mag­nifique séquence, le fer­mi­er apprivoise un cheval de course et parvient à le mon­ter (il le domine sym­bol­ique­ment), avant qu’un rac­cord brusque ne nous trans­porte de l’autre coté de l’enclos. Adossés à la bar­rière, les pro­prié­taires de la bête com­mentent unique­ment la grâce de l’animal et son prix de vente, sans prêter aucune atten­tion au cav­a­lier. Ces affron­te­ments frontaux ne con­stituent cepen­dant pas le cœur du film : en dépit du drame qui oppose les deux familles, le cinéaste cherche longtemps à ménag­er une voie par laque­lle les per­son­nages pour­raient se rap­procher et, ensem­ble, se déplac­er.