Fidèle col­lab­o­ra­teur de Joachim Tri­er, Eskil Vogt signe une fable sous très forte influ­ence de Stephen King, où qua­tre enfants se rap­prochent le temps d’un été et dévelop­pent au con­tact les uns des autres d’étranges pou­voirs télé­pathiques et télék­inésiques. Entre le film d’horreur (l’un des qua­tre bam­bins devient rapi­de­ment une fig­ure inquié­tante et malé­fique) et le film de super-héros (on peut penser aus­si à X‑Men), le réc­it sem­ble vouloir revis­iter une forme du ciné­ma pop­u­laire avec un ver­nis auteuriste et un min­i­mal­isme de façade qui ne pren­nent pas tout à fait.

Si le film ménage ici et là quelques bonnes idées et sem­ble avoir retenu cer­taines leçons pré­cieuses pour met­tre en scène l’invisible (Robert Bres­son dans Notes sur le ciné­matographe : « Traduire le vent invis­i­ble par l’eau qu’il sculpte en pas­sant. »), il souf­fre d’un para­doxe : d’un côté, il table sur une économie des effets (un corps qui trébuche, une sil­hou­ette vue de loin, de légers trucages numériques), et de l’autre dilate ses séquences, fait bégay­er son découpage, peine à trou­ver la forme ciselée qu’appelait son intrigue, inutile­ment ral­longée (le film dure 2h15). En somme, l’apparente retenue du film et son refus du spec­tac­u­laire se cou­plent avec une ten­sion émoussée. Ni hon­teux, ni indi­gent, il peine toute­fois à trou­ver sa voie et souf­fre du mal inhérent à cette nou­velle ten­dance fes­ti­val­ière, qui rejoue et dévi­talise des formes hol­ly­woo­d­i­ennes sans leur apporter quelque chose de plus.