Sous l’aile des anges, le pre­mier film d’A.J. Edwards, chef mon­teur de Ter­rence Mal­ick sur À la mer­veille et Knights of Cups, nous parvient sept ans après sa sor­tie aux États-Unis. Si l’on prend la peine de rap­pel­er ce retard, c’est que la décou­verte de Sous l’aile des anges, film sous haute influ­ence mal­ick­i­enne, ne peut se faire qu’au sou­venir des œuvres du maître qui nous sont par­v­enues dernière­ment. Dans les brèch­es d’un mon­tage lyrique, atten­tif aux petits gestes impro­visés, dif­fi­cile ici de dis­tinguer ce qui ne relèverait pas d’une repro­duc­tion pure et sim­ple du style mal­ick­ien, si mar­quant et sin­guli­er qu’il est par­ti­c­ulière­ment facile à singer. D’autant plus qu’Edwards, en choi­sis­sant de met­tre en scène la prime jeunesse d’Abraham Lin­coln dans les forêts du Ken­tucky puis de l’Indiana, réac­tive l’ancrage bucol­ique et émer­veil­lé du Nou­veau monde, qui s’attelait lui aus­si à mon­tr­er la genèse mythologique du pays. Mais out­re le patron­age de Mal­ick (qui pro­duit le film), Sous l’aile des anges évolue dans l’ombre d’autres géants : celle de Ford, qui est déjà revenu sur une par­tie de la jeunesse du 16e prési­dent des États-Unis dans Vers sa des­tinée, ou encore celle de Spiel­berg, qui fil­mait le même homme comme un fan­tôme en devenir dans Lin­coln. Chaque ouver­ture de porte ou plan tourné vers la lumière de l’extérieur ren­voie en ce sens autant aux béances lumineuses du cinéaste tex­an (dans Tree of Life), aux sur­cadrages for­di­ens, où les corps s’élancent vers l’Histoire (dans La Pris­on­nière du désert), qu’aux éclairages cré­pus­cu­laires de Kamin­s­ki chez Spiel­berg.

Lin­coln, Mal­ick, Ford, Spiel­berg : ce n’est pas rien, surtout pour les épaules d’un mon­teur pro­mu cinéaste, qui repro­duit le style de sa fig­ure tutélaire avec l’application d’un pre­mier de la classe. Si Sous l’aile des anges ne manque assuré­ment pas d’éclats ça et là, en témoigne cette scène où la mère de Lin­coln, malade et prise d’une crise de panique, est filmée dans un espace expres­sion­niste recon­fig­uré par de bru­taux change­ments d’éclairage, la propo­si­tion d’Edwards reste en l’état trop flot­tante et hési­tante, bal­lot­tée entre d’une part l’ambition de retra­vailler des formes, des motifs et des gestes déjà mis en scène par des cinéastes plus chevron­nés, et d’autre part le désir, un peu trop timide, de se démar­quer de ses aînés en met­tant l’accent sur les fig­ures mater­nelles qui ont accom­pa­g­né Lin­coln durant son enfance (les « anges » du titre : Nan­cy Lin­coln et Sarah Bush John­ston). Il n’est dès lors pas inter­dit de voir dans cette jeune sil­hou­ette à la recherche de mod­èles l’auto-portrait, un brin méga­lo, d’un appren­ti cinéaste qui, sous l’aile de Mal­ick, espère trou­ver sa pro­pre voie. Pour le moment, c’est raté.