Soucieux de ren­voy­er au spec­ta­teur l’image la plus juste du milieu qu’il dépeint, le deux­ième long-métrage de Rachel Lang mise sur une réelle qual­ité d’écriture et une mise en scène hélas un peu trop timide. Il en va ain­si de tout ce qui a trait à l’expérience de la guerre (l’entraînement, les com­bats, la peur), un champ que la cinéaste investit molle­ment. Les rares séquences d’affrontement entre les légion­naires et les dji­hadistes du Sahel sont filmées du point de vue de Maxime (Louis Gar­rel), com­man­dant les opéra­tions accroché à son télé­phone ou caché der­rière un rocher, quand les trau­ma­tismes de la vio­lence sont très peu per­cep­ti­bles, ou peut-être seule­ment à tra­vers la froideur direc­tive du sol­dat Vlad (Vladimir Kuznetsov) dans ses ébats avec Nikka (Ina Mar­i­ja Bar­taité).

Il serait cepen­dant injuste de se borner à relever le manque d’entrain de la cinéaste, certes embar­ras­sant, à filmer la guerre (il eut été préférable de la laiss­er totale­ment hors champ). Elle s’emploie, et c’est plutôt là que réside le véri­ta­ble intérêt du film, à inter­roger notre rap­port loin­tain au « tra­vail » de l’armée[1]. Choisir pour cadre un rég­i­ment de la légion étrangère n’est pas anodin, puisqu’en soi il se présente déjà comme un corps extérieur à notre société. Que reste-il d’une telle insti­tu­tion quand la pop­u­la­tion ne se recon­naît plus dans ses mis­sions ? Des OPEX dont per­son­ne ne se soucie (ou dont on remet en cause le bien fondé, comme les amis de Maxime), un uni­forme, beau­coup de rit­uels (la savoureuse séquence de Noël et du chant « Tiens voilà du boudin ! »), et la per­pé­tu­a­tion au for­ceps d’une cul­ture de l’entre-soi : ain­si le club des épous­es, auquel Céline (Camille Cotin) est for­cée d’appartenir, appa­raît comme un rouage essen­tiel de cette société mil­i­taire. C’est pour revoir leur famille que ces hommes se bat­tent, et c’est pour soutenir leurs hommes que celles-ci s’isolent. La vacuité de ce monde recro­quevil­lé sur lui-même s’affirme comme un ter­rain fer­tile pour la cinéaste, qui n’est jamais plus à l’aise que lorsqu’elle assume une drô­lerie reposant sur des décalages avec l’univers pro­fane : ain­si, la route qu’emprunte Nikka pour ses leçons de con­duite devient le temps d’une nuit le cadre d’un entraîne­ment à haute inten­sité pour des légion­naires pein­turlurés, un peu trop investis au regard du mai­gre dan­ger. Rachel Lang touche juste, car quand le drame sur­git – des sol­dats meurent tou­jours pour défendre les intérêts français –, c’est à tra­vers la lucarne de la télévi­sion, ren­voy­ant le spec­ta­teur à sa pro­pre dis­tance.

Notes

Notes
↑1 Une impres­sion ren­for­cée par le choix de faire inter­préter le per­son­nage du com­man­dant par Louis Gar­rel qui, volon­taire­ment ou non, peine à s’approprier le verbe mil­i­taire, et sem­ble davan­tage dans le cos­tume d’un man­ag­er que dans celui d’un offici­er.