Film à sujet – les couliss­es de l’industrie du porno comme vous ne les avez jamais vues –, Plea­sure de Nin­ja Thy­berg a d’indéniables qual­ités doc­u­men­taires : on devine que la plu­part des scènes aux­quelles se livre Bel­la, jeune Sué­doise voulant percer dans le milieu du porno améri­cain, sont le fruit d’un tra­vail d’observation et d’immersion de la réal­isatrice dans l’industrie du X. Dans la pre­mière scène, Nin­ja Thy­berg oppose ain­si à la rhé­torique du gros plan pro­pre au porno des plans inédits mon­trant le prosaïsme du tour­nage : acteur ayant du mal à se désha­biller, prob­lème de posi­tions, rougeurs sur la peau après une fel­la­tion. Le film vaut d’abord pour ce regard très tech­nique sur ce qu’il représente et s’il avait su s’en tenir à ce seul regard, il aurait pu être le meilleur film jamais réal­isé sur le porno. Nin­ja Thy­berg n’a toute­fois pas pu se con­tenter de sim­ple­ment décrire un milieu pro­fes­sion­nel, elle porte sur celui-ci un regard très moral­isa­teur qui amoin­drit la force des scènes de tour­nage et fait de Plea­sure un film à charge con­tre le milieu, dénonçant pêle-mêle la bru­tal­ité mas­cu­line, le manque de sol­i­dar­ité des tra­vailleuses du sexe et le cynisme de leurs agents.

Après être allée de plus en plus loin dans l’exploitation de son pro­pre corps, Bel­la finit lit­térale­ment par s’emparer d’un phal­lus (un gode-cein­ture) pour bru­talis­er une autre actrice avec laque­lle elle tourne une scène : dev­enue enfin, par la magie du phal­lus, le sujet jouis­sant, elle tra­verse le miroir, occu­pant désor­mais la posi­tion dou­ble de l’acteur et du spec­ta­teur mas­culins, en lieu et place de celle d’objet sex­uel, qui a été la sienne tout au long du film. Ayant atteint ce stade que l’on pour­rait nom­mer celui de la révolte (même si cette posi­tion est encore le pro­duit d’une mise en scène : un réal­isa­teur enreg­istre la per­for­mance), Bel­la peut quit­ter le film et le milieu, en claquant la por­tière d’une lim­ou­sine. L’expérience est ter­minée, mer­ci pour la leçon.