Cassie a un secret. Tous les week-ends, elle fait sem­blant d’être ivre dans un bar ou une boîte de nuit. Et tous les week-ends, un homme, sous cou­vert de lui venir en aide, la ramène chez lui pour prof­iter de son état sec­ond… jusqu’à ce qu’elle révèle que son ivresse était fac­tice. Dans quel but ? C’est là le nœud du scé­nario, qui, au-delà de ces escapades (le film bifurque ensuite vers un pro­gramme de vengeance qui dépasse ce seul cadre), joue sans cesse la carte du faux-sem­blant pour ménag­er une ambiguïté, un malaise, mais aus­si « stim­uler » son spec­ta­teur et, à terme, le faire jouir de sa petite mécanique nar­ra­tive. Le terme n’est pas inno­cent pour un film qui traite de vio­lences sex­uelles et pointe le prob­lème d’un réc­it rou­blard, mais fausse­ment com­plexe. Cassie, d’abord, pour­rait pass­er pour une dan­gereuse psy­chopathe, voire une tueuse en série (la piste est claire­ment esquis­sée), mais elle s’avère être en fin de compte une éton­nante jus­ti­cière péd­a­gogue, dont le mot d’ordre est de met­tre des pré­da­teurs ordi­naires face à leur pro­pre honte. Pas besoin de les tor­tur­er ou de les tuer : il suf­fit de les regarder dans les yeux, de met­tre à bas l’illusion, pour que le salaud ordi­naire se recro­queville dans sa coquille.

L’idée pour­rait être intéres­sante si elle n’était pas par­a­sitée par une volon­té de jouer (et de gag­n­er) sur tous les tableaux : d’un côté le film flirte com­plaisam­ment avec le pire (dans une scène, Cassie fait croire à l’ancienne direc­trice de son école de médecine, qui a fer­mé les yeux sur un viol, que sa pro­pre fille ado­les­cente est en ce moment séquestrée par des hommes prêts à la vio­l­er), pour de l’autre tou­jours rat­trap­er au vol la sit­u­a­tion, en ménageant un cer­tain goût de la pose et du cool. Le film empile ain­si les vignettes fausse­ment puni­tives et cherche, avec une cer­taine naïveté, à retourn­er la vio­lence des agresseurs, tout en con­ser­vant une pureté de façade ; il suf­fi­rait pour Cassie de ne pas franchir l’ultime ligne rouge, en se rétrac­tant à la dernière minute, pour rester du « bon côté ». Dans cette per­spec­tive, le film essaie mal­adroite­ment de ménag­er des nuances (cf. la scène assez embar­ras­sante, car trop claire dans son pro­pos, avec l’avocat repen­ti joué par Alfred Moli­na), puis accouche d’un dénoue­ment assez putassier, où cette « maïeu­tique du pire » et la décon­struc­tion d’un sys­tème d’abus (aux­quels par­ticipent indi­recte­ment hommes, femmes, mais aus­si des per­son­nes de con­fi­ance que Cassie pen­sait con­naître) tombent pleine­ment dans le grand-guig­nol.