Pro­duit entre autres par David Leitch, Nobody se cache à peine d’être un ersatz de John Wick, au point que l’on s’attend, au détour d’un plan ou d’une scène, à tomber sur un détail qui fasse du film un spin-off de la fran­chise que l’ex-cascadeur a mise sur pied. Le réc­it suit peu ou prou la même trame : un tueur à la retraite (en l’occurrence affil­ié au gou­verne­ment améri­cain), qui mène une vie sans his­toire, voit le ver­nis de sa nou­velle exis­tence se fis­sur­er, et sa vio­lence con­tenue remon­ter à la sur­face. Le « nobody » s’appelle Hutch Mansell (Bob Odenkirk), et à la dif­férence de John Wick, la craque­lure qui va ini­ti­er le défer­lement de coups et de cadavres n’est, à peine, qu’une éraflure, une petite entaille à son ego.

Le film assume sa part régres­sive : la bru­tal­ité y est assim­ilée sans détour à une pul­sion qu’il faut assou­vir, et son reflux à une perte de la viril­ité (Mansell, depuis qu’il a mis au plac­ard son anci­enne pro­fes­sion, con­naît une vie con­ju­gale terne, sinon exis­tante). Bref, Mansell va chercher la castagne pour rede­venir un homme, dans des scènes d’action certes crues, mais qui n’atteignent jamais la sophis­ti­ca­tion des meilleures séquences de John Wick (surtout celles du deux­ième volet), ni l’euphorie car­toonesque des films de Chad Sta­hel­s­ki, met­teur en scène plus doué que Ilya Naishuller, ici der­rière la caméra. Nobody flirte certes sou­vent avec la comédie (run­ning gag paresseux : Mansell com­mence une con­fes­sion à un adver­saire ago­nisant, qui meurt avant qu’il n’ait pu aller au bout de son réc­it), mais au risque de s’enfermer dans un entre-deux frus­trant, où il ne con­va­inc ni sur le ter­rain de la gau­dri­ole, ni sur celui de l’action pure – on s’étonnera d’ailleurs que la séquence sur le papi­er la plus spec­tac­u­laire se voit réduite à une série de vignettes expédiées en deux min­utes. Enfin, un dernier regret : celui de voir Bob Odenkirk, si bril­lant dans Bet­ter Call Saul, can­ton­né à ce rôle mai­grelet de « nobody », per­son­nage insipi­de que le film ten­tera pour­tant, sans grand suc­cès, d’iconiser out­ran­cière­ment.