Anya Tay­lor-Joy dans la peau d’un per­son­nage trau­ma­tisé depuis l’enfance, des super-héros con­finés dans un asile prenant part à une thérapie de groupe, le regard atten­tif d’une psy­chi­a­tre autori­taire et d’une flopée de caméras de vidéo­sur­veil­lance : face aux Nou­veaux Mutants, spin-off de la fran­chise X‑Men, impos­si­ble de ne pas penser à Glass, le dernier film de M. Night Shya­malan où trois per­son­nages se retrou­vaient eux-aus­si pris au piège d’une prison en forme d’immense plateau de tour­nage. Sans témoign­er de la même rigueur dans son mon­tage et sa mise en scène, le film de Josh Boone brille rel­a­tive­ment sur un autre ter­rain : celui du com­ing-of-age et du teen movie. Les Nou­veaux Mutants s’inscrit à cet égard dans la lignée de X‑Men : Le Com­mence­ment pour faire de la puberté et des luttes con­tem­po­raines en faveur des minorités (le per­son­nage prin­ci­pal est une amérin­di­enne les­bi­enne) une ques­tion cen­trale – ce qui, dans une moin­dre mesure, nour­ris­sait déjà les précé­dents épisodes de la série (les mutants y étaient autant des êtres doués de pou­voirs sur­na­turels que des jeunes adultes reclus en marge de la société).

Pour les mutants incar­cérés, tout l’enjeu réside dès lors dans l’acceptation et le con­trôle de leur « démon intérieur » – lit­térale­ment pour l’une des héroïnes, qui abrite en elle un mon­stre qui men­ace de s’échap­per dans le monde réel. C’est en quelque sorte la grande ques­tion de la teen hor­ror, récem­ment évo­quée dans ces colonnes, qui abor­de l’éveil de la sex­u­al­ité et les trou­bles ado­les­cents sous l’angle de la ter­reur et du fan­tas­tique. Priv­ilé­giant son ver­sant teen à sa par­tie hor­ri­fique, Les Nou­veaux Mutants mul­ti­plie mal­heureuse­ment les scènes atten­dues d’un genre déjà lessivé par une décen­nie de séries cen­trées sur des ado­les­cents aux pou­voirs fan­tas­tiques (Strangers Things, The Boys, Dark mais aus­si la série de jeux vidéo Life is Strange). Une soirée de rébel­lion sur du pop rock suc­cède à des « action ou vérité » menés en secret, une scène de baig­nade noc­turne à une séquence évo­quant l’ouverture de Car­rie, et ain­si de suite. Le film peine à trac­er sa pro­pre voie et se résout à citer ses plus écras­ants mod­èles, de Scream et son tueur masqué à It Fol­lows et ses mon­stres longilignes, en pas­sant par la scène de la douche de Psy­chose ou la théorie du cimetière amérin­di­en de Shin­ing pro­posée par Room 237 (en écho à l’Overlook Hotel, un cimetière se trou­ve ici dans le jardin de l’asile). Trop expédi­tif pour émou­voir ou faire souf­fler un vent d’air frais sur le genre dans lequel il s’inscrit, Les Nou­veaux Mutants pos­sède au moins cette lucid­ité car­ac­téris­tique de la teen hor­ror post­mod­erne : hon­nête du début à la fin, il sait qu’il n’invente rien.