À l’is­sue de la pro­jec­tion d’On va tout péter, où les ouvri­ers GM&S sont mon­tés sur scène, une émo­tion s’est emparée du Théâtre Croisette face la réu­nion de deux mon­des a pri­ori séparés, ceux de l’usine à rêves et de l’usine auto­mo­bile. Si l’apparition a eu autant d’effet, c’est aus­si parce qu’elle pro­longeait ce qu’il y a de plus réus­si dans le film : Lech Kowal­s­ki place sa caméra par­mi les ouvri­ers tout en restant en retrait (ses com­men­taires en off ser­vent surtout à con­tex­tu­alis­er). S’il doc­u­mente bien une lutte, celle des salariés de GM&S con­tre la fer­me­ture de leur usine, le cinéaste fait preuve d’originalité en la fil­mant comme dans son doc­u­men­taire D.O.A, c’est-à-dire à la manière d’un con­cert de rock, en sai­sis­sant toute sa rage et son énergie.

Son rap­port au réel, qui se pare d’une couleur fic­tion­nelle, dis­tingue égale­ment le film au sein du champ du ciné­ma mil­i­tant. Par son humour bur­lesque (des policiers font tomber leurs motos, fon­cent dans un terre-plein), voire absurde (la dis­cus­sion presque ami­cale entre un man­i­fes­tant et un CRS à pro­pos de pêche), il s’éloigne du sérieux de la lutte sans pour autant lui nuire. Avec ses héli­cop­tères, ses explo­sions et ses face-à-face ten­dus, il con­voque aus­si les imag­i­naires du film d’action et du west­ern. Le réal­isa­teur met égale­ment à dis­tance le réel en le ques­tion­nant : il inter­roge notam­ment la puis­sance des images qui, si elles peu­vent gên­er l’intimité des tra­vailleurs, ren­dent leur com­bat infin­i­ment plus vis­i­ble. Cela, ils en ont par­faite­ment con­science : une scène mon­tre ain­si un ouvri­er inter­dire à un homme de pren­dre en pho­to de petits brasiers, arguant que cela décrédi­bilis­erait leur révolte et que seule l’explosion de l’usine pour­rait avoir un véri­ta­ble reten­tisse­ment. L’exclusion des médias par les représen­tants de l’ordre en dit d’ailleurs long sur l’importance qu’ils prê­tent à ces images. La force de celles de Lech Kowal­s­ki lais­sent en tout cas peu de place au doute.