Dès son ouver­ture, où l’on voit la tête décapitée d’une femme se désol­i­daris­er lente­ment du reste de son corps, Meurs, mon­stre, meurs prend plaisir à nous mon­tr­er frontale­ment l’horreur. La mise en scène d’Alejandro Fadel insiste tout autant sur les crimes suiv­ants qui, aux dires d’un fou, seraient l’œuvre d’une bête mys­térieuse. Dans ce coin désolé de la Cordil­lère des Andes, le respon­s­able de l’enquête est le seul à croire à cette hypothèse a pri­ori irra­tionnelle, comme l’annonce son nom Cruz (croix en espag­nol). Il est ain­si sché­ma­tique­ment opposé à son supérieur, un esprit cartésien qui voit en lui une nature mys­tique. À l’image de son per­son­nage prin­ci­pal, la fas­ci­na­tion que sem­ble éprou­ver le réal­isa­teur pour la mon­stru­osité se devine à tra­vers les regards insis­tants de ses fig­ures (par exem­ple celui de Cruz lorsqu’il se regarde danser de manière extrav­a­gante devant un miroir) ou par le dévoile­ment tardif du mon­stre, qu’il garde pré­cieuse­ment pour la fin du film. Lorsque ladite bête finit par appa­raître et attaque l’enquêteur, ses cris d’horreur se con­fondent néan­moins avec des gémisse­ments de plaisir : la créa­ture, dont les extrémités évo­quent des organes géni­taux et la bave verte une étrange cyprine, y est sex­u­al­isée jusqu’à l’outrance. En soulig­nant autant son étrangeté après avoir gardé son apparence secrète tout au long du réc­it, le film ne con­tribue hélas qu’à mar­gin­alis­er un peu plus ce mon­stre, réduit à l’état de sim­ple attrac­tion.

Un tunnel sans fin

Au fur et à mesure que l’enquête avance, Cruz se retrou­ve per­du au sein d’un labyrinthe de signes qui se révèle sans issue. Engoncé par le poids de ses références, Meurs, mon­stre, meurs mul­ti­plie les emprunts au ciné­ma de genre ou de série B (de Cro­nen­berg à Car­pen­ter en pas­sant par Tourneur) sans par­venir à s’en défaire, et ne donne que l’illusion d’une com­plex­ité en accu­mu­lant les effets visuels ayant pour seul but de par­ticiper à la désori­en­ta­tion générale (flares, surim­pres­sions, fumées, lumières col­orées). Les appari­tions épisodiques d’une bande de motards dans la nuit, sur­gis­sant de nulle part, ne sont par exem­ple qu’une feinte nar­ra­tive de plus visant à men­er le spec­ta­teur sur une énième fausse piste. De son côté, le mon­tage accu­mule les scènes décon­nec­tées les unes des autres (comme la danse évo­quée plus haut, qui inter­vient de manière récur­rente et sans moti­va­tion appar­ente) et relève du même tour d’escamotage. Le tun­nel dans lequel Cruz s’enfonce en voiture, qui sem­ble sans fin sous l’effet d’un trav­el­ling com­pen­sé, se révèle ain­si à l’image d’un film retar­dant sans cesse son achève­ment à défaut de savoir où aller.