Au début du film, Anna (Noémie Schmidt), vêtue d’un chemisi­er à motif d’oiseaux, s’arrête dans l’escalier en col­i­maçon du restau­rant où elle tra­vaille pour observ­er, à tra­vers les pans d’une baie vit­rée, des “âmes en peine”[1] ou peut-être de sim­ples enveloppes cor­porelles errer, épars­es, apparem­ment sans but. Qu’arrive-t-il à Anna, cette jeune parisi­enne en bis­bille avec son copain ? Elle est tra­ver­sée par le “doute hyper­bolique” : “Si ça se trou­ve, on est des sims en fait, et on ne le sait pas”. Tan­dis que Greg (Gré­goire Isvarine) lui assène des sen­tences douloureuses sur les voies de l’épanouissement per­son­nel, le principe de réal­ité lui échappe, et elle médite en voix-off. Il n’est pas anodin que le film, autour de ces enjeux d’ordre phénoménologique, mul­ti­plie les mou­ve­ments par­faite­ment cir­cu­laires et ce dès le générique, où des lignes, en s’enroulant, tra­cent la forme d’un œil (qui s’imbibe alors de rouge). Mais cet enroule­ment est aus­si immé­di­ate­ment – comme en atteste une autre séquence où le per­son­nage est le point de rota­tion du plan – le signe d’une prise de con­science du car­ac­tère ver­tig­ineux de cette aven­ture du regard. La cita­tion de la scène du Silen­cio dans Mul­hol­land Dri­ve de David Lynch vient alors fig­ur­er une forme de déprise à l’égard du monde, le réel devenant à la fois sur­face de pro­jec­tion de tous les fan­tasmes et une béance à même de ravaler toute assur­ance du sujet[2].

Génération désenchantée

Hélas, le film s’en tient moins à dessin­er la tra­jec­toire d’une prise de con­science de la puis­sance du regard qu’il ne fait plutôt du rap­port apathique du per­son­nage au monde le pro­pre d’une crise généra­tionnelle. Au fond, que nous dit-on sinon que notre généra­tion, tout en étant sub­mergée par les images, et peut-être pour cela même, a per­du un rap­port inno­cent de croy­ance aux images, en même temps que les repères soci­aux qui assig­naient à cha­cun un des­tin ? Dans une ère de sim­u­lacre et de sim­u­la­tion, que reste-t-il du cou­ple ? Il serait vain de retran­scrire ici dia­logues et voix-off, qui font office de com­men­taire per­ma­nent du film sur lui-même, autant que de faire le décompte des moues de l’héroïne (Anna donne des coups de poings sur les parois du canal Saint-Mar­tin vidé de son eau, Anna gémit, Anna est au bord de la noy­ade dans les eaux de la Seine en crue, Anna court sur la rampe d’un esca­la­tor…), qui con­fèrent au film une dimen­sion volon­tiers nanardesque.

Notes

Notes
↑1 On entend en arrière-plan la chan­son Enfonce toi dans la ville de Noir Boy George.
↑2 Le théâtre, dont les bal­cons tournoient à l’écran, recueille égale­ment l’écho des atten­tats du Bat­a­clan, le symp­tôme du per­son­nage pou­vant s’entendre comme un rap­port de sidéra­tion face à l’événement.