Rien n’est vrai­ment désagréable dans How to Talk to Girls at Par­ties, le nou­veau long-métrage de John Cameron Mitchell, qui a mis plus d’un an à sor­tir depuis sa présen­ta­tion hors com­péti­tion au Fes­ti­val de Cannes 2017. Sur le mod­èle du teen-movie ini­ti­a­tique hal­lu­ciné — dont la référence pre­mière reste Gregg Ara­ki — le film brasse large et amuse par­fois. D’abord par la façon dés­in­volte de Mitchell à redis­tribuer tous les pas­sages oblig­és du genre (réc­it ini­ti­a­tique, rup­ture généra­tionnelle, décou­verte des sen­ti­ments et des corps, sen­ti­ment de lib­erté etc.) dans l’univers extrav­a­gant qu’il a con­coc­té. Le jeune Enn (Alex Sharp) et ses amis voient dans le mou­ve­ment punk un moyen de se débar­rass­er de la tutelle étouf­fante de leur famille ringarde et roy­al­iste mais, refoulés des lieux les plus con­voités, ils décou­vrent une étrange com­mu­nauté venue d’ailleurs ou des jeunes créa­tures sont ini­tiées au plaisir de la Terre avant de retourn­er dans leur monde stérile. Ensuite, pour le plaisir fétichiste que le film développe sur la recon­sti­tu­tion d’une époque et de ses cos­tumes — qu’ils soient les accou­trements rock-punk des ado­les­cents, leurs vestes en cuir, les tours de cou cloutés, le rim­mel qui coule autour des yeux ou les com­bi­naisons moulantes et flu­o­res­centes, très sev­en­ties des extrater­restres — qui laisse transparaitre, en fil­igrane, les nom­breuses références souter­raines d’une cul­ture et d’un folk­lore bri­tan­niques plus ou moins déviants, de Sid and Nan­cy d’Alex Cox à Zardoz de John Boor­man en pas­sant par Alan Clarke et Derek Jar­man pour le ciné­ma, jusqu’aux immeubles futur­istes des romans de J.G. Bal­lard. Les deux entités (jeunes rockeurs et aliens) se recon­nais­sent ain­si dans un sys­tème de vas­es com­mu­ni­cants, entre anor­maux, fuyant un monde trop rigide.

Si cet enrobage de con­te baroque n’est pas dénué de charme, il ne fonc­tionne qu’à la sur­face d’un film qui ne résiste jamais à une obser­va­tion plus en pro­fondeur. Dès lors, le car­ac­tère policé se craque­lle et laisse appa­raitre un biais beau­coup trop rou­blard. Entre la frontal­ité délibérée de Short­bus — chronique sex­uelle new-yorkaise que l’on jugeait déjà fade à l’époque — et la plat­i­tude académique de Rab­bit Hole, où se situe How to Talk to Girls at Par­ties ? À exacte équidis­tance, sem­ble-t-il : dans l’affirmation volon­tariste d’une con­tre-cul­ture et le con­stat d’un film en déra­page con­trôlé, bien sous tous rap­ports. C’est prin­ci­pale­ment ce qui finit par agac­er et décevoir le plus : l’équilibrisme con­sen­suel témoigne beau­coup plus d’une œuvre petite-bour­geoise qui se rêve inso­lente mais qui ne peut faire autrement que s’en remet­tre à ses atouts de ciné­ma bien loti, en pre­mier lieu son cast­ing de stars (Nicole Kid­man, Elle Fan­ning). La dégaine de l’actrice aus­trali­enne trans­for­mée en diva punk, per­ruque per­ox­y­dée et hurlements dans le micro — beau­coup trop affichée pour être hon­nête et crédi­ble — met la puce à l’oreille : Mitchell pense son tra­vail plus comme un pro­duit d’appel, sat­uré de clins d’œil pour ini­tiés nos­tal­giques et cram­pon­né à la per­for­mance cer­ti­fiée de ses têtes d’affiches. Tout cela trahit un faux-film de jeune qui cam­ou­fle sa désué­tude dans une effer­ves­cence brouil­lonne, sim­u­lant le dérè­gle­ment et la liesse sans en être dupe lui-même, enchaî­nant quipro­qu­os et sit­u­a­tions bur­lesques grossières sans la pas­sion débor­dante néces­saire pour com­mu­ni­quer l’énergie dont il se vante. Bril­lant de loin, How to Talk to Girls at Par­ties s’agite beau­coup, puis aguiche, insiste lour­de­ment et exas­père : dif­fi­cile, avec un titre qui assume si pleine­ment un car­ac­tère édu­catif sur l’art du flirt, de paraître, finale­ment, autant à côté de la plaque sans soulever la moin­dre mélan­col­ie.