Réal­isa­teur pro­lifique d’une quar­an­taine de films conçus prin­ci­pale­ment au sein des stu­dios de la Nikkat­su, et œuvrant surtout dans ce que l’on con­sid­ère comme le ciné­ma de genre ou la série B, Sei­jun Suzu­ki fut tout du long de sa car­rière immergé au sein de cadres com­mer­ci­aux con­traig­nants. Le met­teur en scène affil­ié à une mai­son de pro­duc­tion est alors vu comme un sim­ple employé, se devant de répon­dre à un cahi­er des charges défi­ni par ses supérieurs hiérar­chiques, dont l’ambition en terme de ciné­ma vise avant tout à créer des œuvres renta­bles économique­ment, sans véri­ta­ble souci de leur valeur artis­tique ou éthique. Loin des grands clas­siques japon­ais, qu’il con­sid­ère pour­tant comme ses maîtres, mais loin aus­si de la nou­velle vague japon­aise poli­tisée et intran­sigeante vis-à-vis des sys­tèmes de pro­duc­tion, l’œuvre de Suzu­ki n’en reste pas moins d’un point de vue de l’inventivité formelle et de l’efficacité nar­ra­tive d’une beauté et d’une richesse stupé­fi­antes. Ignorée en dehors du Japon et de petits cer­cles d’initiés, le ciné­ma de Suzu­ki a con­nu ces dernières années un regain d’intérêt notam­ment grâce à des édi­tions DVD qui per­me­t­taient de voir des films n’ayant pour cer­tains jamais béné­fi­cié de dif­fu­sion en salle en Europe. Mais cette mise en lumière tar­dive est aus­si le fait de réal­isa­teurs tels que Quentin Taran­ti­no, Jim Jar­musch ou encore Wong Kar-wai, qui ont par­fois pu se réclamer de son influ­ence. (…)