Après Les Apach­es, le deux­ième film de Thier­ry de Peretti, Une vie vio­lente, plonge dans le renou­veau nation­al­iste de la fin des années 1990, met­tant en scène son impact sur la jeunesse corse. Dans la con­ti­nu­ité de son explo­ration de la société insu­laire et de ses lignes de frac­ture, et d’une démarche où la fic­tion et l’in­ves­ti­ga­tion ciné­matographique se trou­vent mêlées, le cinéaste redonne vie à une péri­ode douloureuse de l’his­toire récente de l’île.

Le titre du film reprend celui d’un roman de Pier Pao­lo Pasoli­ni. Pourquoi cette référence au romanci­er et poète ital­ien ?

C’est un titre que j’ai util­isé dès le début de la prise de notes. Déjà dans mon pre­mier court-métrage, Josée Deshaies, direc­trice de la pho­togra­phie, m’avait sug­géré le titre d’un poème de Pasoli­ni, Le Jour de ma mort, qui avait une force d’évo­ca­tion par­ti­c­ulière. Le titre doit nom­mer le tout et pas seule­ment l’un des moments du film : il doit pour cela com­porter une part de fas­ci­na­tion, de mys­tère.
Dans le même temps, on peut l’en­vis­ager de manière très directe. Quand nous avons fait le cast­ing (un cast­ing sauvage où l’on posait des affich­es dans des bars, dans des asso­ci­a­tions), nous avons demandé d’en­voy­er une vidéo de présen­ta­tion : beau­coup des jeunes acteurs com­mençaient en dis­ant « Une vie vio­lente, ça me par­le », ils pre­naient le titre au mot.
Plus générale­ment, Pasoli­ni est un penseur impor­tant, mais pas intim­i­dant, qui essaie de penser les choses dans leur com­plex­ité depuis un tout petit endroit du monde (dans Une vie vio­lente, la ban­lieue romaine). Une vie vio­lente est un totem, en même temps qu’un titre très lit­téral.

Le film débute par une notice his­torique très suc­cincte, sans offrir davan­tage de con­tex­tu­al­i­sa­tion. Peut-on dire que c’est une approche mémorielle qui a été priv­ilégiée, par rap­port à une autre approche plus his­torique ?

Il y a bien sûr deux adress­es. La pre­mière en Corse et l’autre en France, où les attach­es avec le ter­ri­toire sont plus lâch­es, voire inex­is­tantes. On peut, du moins je l’e­spère, oubli­er le con­texte en regar­dant le film, ne pas en tenir compte. Mais il a en même temps une réso­nance spé­ci­fique. La chronolo­gie est très per­son­nelle : elle com­mence avec la ces­sion de la Corse à la France par Gênes pour aller jusqu’au début des années 2000. Même si le par­al­lèle peut sem­bler inso­lite, c’est un peu comme dans Dune, où des siè­cles d’his­toire se trou­vent résumés en quelques lignes.

En évo­quant le con­texte his­torique au sens large, on sort de l’en­quête ou d’une dimen­sion jour­nal­is­tique pour entr­er dans quelque chose de beau­coup plus romanesque. Avec cet arrière-fond, il y a comme la promesse de quelque chose de som­bre, de vio­lent bien sûr, mais aus­si d’un peu roman­tique. Cela donne une tonal­ité. On laisse de côté les détails, les petites choses : le film ne sera pas eth­no­cen­trique.

L’ini­ti­a­tion poli­tique de Stéphane et de ses amis est accom­pa­g­née par la lec­ture d’un seg­ment des Damnés de la Terre de Frantz Fanon : « chaque généra­tion doit, dans une rel­a­tive opac­ité, décou­vrir sa mis­sion, la rem­plir ou la trahir. » Peut-on dire que le film met en scène, a con­trario, une vic­toire de l’opac­ité (dans ses dif­férentes formes : rap­port entre crime et nation­al­isme, con­fu­sion des dis­cours, vio­lence) sur les aspi­ra­tions d’une généra­tion ?

Oui, mais l’opac­ité dont il est ques­tion n’est pas juste crim­inelle, ni for­cé­ment malé­fique. Il s’ag­it plutôt, lit­térale­ment, d’une absence de lumi­nosité. Et avec cette absence, il y a la ques­tion implicite que l’om­bre définit mieux les con­tours d’une société que la pleine lumière : le ciné­ma est à même d’ex­plor­er cette zone grise. Il y a aus­si un frag­ment qui suit cette cita­tion, sur le rôle des pères. [« Il nous faut per­dre l’habi­tude, main­tenant que nous sommes au cœur du com­bat, de min­imiser l’ac­tion de nos pères ou de fein­dre l’in­com­préhen­sion devant leur silence ou leur pas­siv­ité. Ils se sont bat­tus comme ils pou­vaient, avec les armes qu’ils pos­sé­daient alors… », ndlr.] C’est un frag­ment qui revient sur les luttes précé­dentes, et se refuse à porter un juge­ment trop tranché, il invite à mesur­er la com­plex­ité des luttes. Après, est ce qu’un jeune mil­i­tant aurait eu ces lec­tures, je ne sais pas… Dans le film, Fanon n’est pas directe­ment cité, et l’on peut croire que ces phras­es, Stéphane les dit de lui-même. Elles don­nent à sa lutte quelque de plus ouvert, comme si l’an­ti­colo­nial­isme pre­nait le dessus sur les ques­tions iden­ti­taires. Une ampleur, une grandeur presque roman­tique, qui dit aus­si l’in­no­cence du pro­tag­o­niste.

Pour revenir à cette com­plex­ité de la lutte, le film accorde une grande place au point de vue de Stéphane, en mon­trant que mal­gré son impli­ca­tion directe, il ne saisit pas véri­ta­ble­ment les enjeux d’une sit­u­a­tion qui le dépasse, et ce d’au­tant plus que les dis­cours des lead­ers (François, Marc-Antoine) restent cryp­tiques…

Stéphane n’est pas une oie blanche. Il vient d’une famille poli­tisée et il est très cir­con­spect vis-à-vis du nation­al­isme et de ses fig­ures. Après, le pas­sage en prison l’oblige certes, mais on le voit inté­gr­er le groupe avec une envie de faire, d’aider. Il se famil­iarise avec les enjeux sur le tas et décou­vre les rancœurs, les haines, les patholo­gies. Son prob­lème est qu’il ne pose pas vrai­ment de ques­tions. Pour ce qui est des dis­cours, c’est là un véri­ta­ble lan­gage à part : un lan­gage qui mêle la langue de bois, le sous-enten­du plein de vio­lence, mais aus­si la parole poli­tique et diplo­ma­tique.

La parole, le dis­cours et ses formes, revê­tent un rôle très par­ti­c­uli­er dans le film. Le jeu des acteurs s’ex­prime sou­vent dans la con­fronta­tion et la dis­cus­sion. Quelle place a été lais­sée à l’im­pro­vi­sa­tion dans ces dia­logues (on songe notam­ment aux scènes en prison) ?

Plutôt que d’im­pro­vi­sa­tion, je préfère par­ler d’écri­t­ure qui se pro­longe. Bien sûr, cer­taines scènes, notam­ment celles en prison, n’é­taient pas écrites à la vir­gule près. Mais elles n’é­taient pas non plus impro­visées : tout est plus de l’or­dre de la per­for­mance que de l’im­pro­vi­sa­tion. On a longue­ment dis­cuté avec les acteurs. Même s’ils n’é­taient pas tout néces­saire­ment nation­al­istes, ils étaient tous poli­tisés et avaient des choses à dire de la sit­u­a­tion. Pour filmer cela, il fal­lait une pra­tique de la dis­cus­sion et de la prise de parole ensem­ble : on a longtemps dia­logué afin de pou­voir mod­uler les rythmes de la dis­cus­sion, de se famil­iaris­er avec sa dimen­sion chorale, avec la cir­cu­la­tion de la parole entre les per­son­nages. Chaque acteur a sa par­ti­tion, mais l’ensem­ble repo­sait sur des ren­dez-vous, des points de ren­con­tre avec les autres acteurs.

Dans le même temps, le film alterne des régimes de dis­cours très dif­férents. A côté de ces seg­ments proches de la per­for­mance, il y a aus­si l’in­ter­view de François, qui est une réap­pro­pri­a­tion lit­térale de celle de Jean-Michel Rossi.

La scène de François a été ajoutée six mois après la fin du tour­nage. On sen­tait qu’il man­quait un élé­ment de trou­ble de cet ordre-là. L’emprunt, la ponc­tion d’une inter­view déjà exis­tante brouille un cer­tain rap­port au réel, et ce d’au­tant plus qu’elle est fil­trée par la mise en scène. [Le per­son­nage est assis à côté d’une télévi­sion mon­trant les images d’archive de la vil­la plas­tiquée, ndlr.] On entre dans un autre rap­port à la mémoire, qui ressus­cite une parole oubliée. Il en va de même pour la représen­ta­tion de François San­toni (Marc-Antoine), qui se veut moins un por­trait fidèle qu’une image du sou­venir qu’on a gardé de lui.

Com­ment con­ciliez-vous le tra­vail de recherche et la part de sou­venirs per­son­nels ?

C’est un tra­vail d’ac­cu­mu­la­tion et de col­lage. C’est par­fois un acteur qui me rap­pelle un sou­venir, ou une dis­cus­sion, que je réécris à l’i­den­tique. J’es­saie de repro­duire dans le film cer­taines choses qui se sont passées. Le sou­venir devient aus­si col­lec­tif, il s’éla­bore au fil des dis­cus­sions et des ate­liers.

Pour­riez-vous juste­ment nous en dire davan­tage sur les modal­ités du proces­sus créatif, ain­si que du tra­vail avec les acteurs ?

C’est un aller-retour entre l’écri­t­ure (avec Guil­laume Bréaud, co-scé­nar­iste, ndlr) et le tra­vail avec les acteurs, où l’on essaie d’être d’emblée dans la fab­ri­ca­tion. Il en ressort dans un pre­mier temps une sorte de grosse nou­velle, un peu baroque, qui con­tient des notes d’in­ten­tion, des frag­ments de dia­logues, des pho­togra­phies, et d’où naît une ver­sion ini­tiale du scé­nario. C’est peut-être de ma pra­tique théâ­trale que me vient cette dimen­sion de work in progress. Le cast­ing a pris la forme d’un long ate­lier. Nous avons loué un cou­vent, où l’on a répété avec les acteurs, cer­tains pressen­tis pour le cast­ing, d’autres souhai­tant sim­ple­ment tra­vailler avec le groupe. On dis­cute longue­ment, on répète ensem­ble le matin. Un imag­i­naire com­mun se créé. L’ensem­ble est filmé, et je pro­duis un pre­mier mon­tage, une sorte de court. On sait qu’un film est un doc­u­men­taire sur le tour­nage, mais c’est aus­si quelque chose de très per­son­nel pour moi, comme une archive sur la vie d’un groupe avec lequel j’ai tra­vail­lé.

La vio­lence n’est explicite­ment présente que dans quelques scènes, qui plus est filmées en plan long, comme par un effet de mise à dis­tance. Elle ne cesse pour­tant de tra­vailler le spec­ta­teur : com­ment avez-vous con­stru­it cette ten­sion psy­chologique qui tra­verse le film ?

Je voulais mon­tr­er la façon dont elle con­t­a­mine l’en­vi­ron­nement et les rela­tions. Il y a une forme de han­tise qui s’an­cre dans la psy­ché en Corse. On voit des jeunes gens vivre des expéri­ences com­munes à tout le reste du pays. Et dans le même temps, quelque chose d’ar­chaïque peut resur­gir d’un instant à l’autre, en toute impunité. J’ai lu beau­coup d’ar­ti­cles qui évo­quaient la dis­tance de la mise en scène. Mais à mes yeux, ce n’est pas tant la dis­tance (métaphorique et spa­tiale, les scènes étant sou­vent vues de loin) que le temps qui compte.  Le plan long change la rela­tion du spec­ta­teur à ce qu’il voit : il mon­tre l’a­vant et l’après, sans isol­er la vio­lence. D’où un change­ment dans la durée de l’événe­ment, et cette impres­sion d’être temps réel. C’é­tait pour moi la seule manière de par­venir à accorder le temps du spec­ta­teur et le temps du per­son­nage, sans cap­i­talis­er sur les scènes, sans les asservir à un effet ou à un pro­pos.

Lorsque l’av­o­cat du groupe nation­al­iste incite Stéphane à quit­ter la Corse, il rap­pelle à ce dernier qu’il n’au­ra droit à aucune forme de recon­nais­sance après sa mort pour son com­bat. Le pro­tag­o­niste sem­ble même être vic­time d’une véri­ta­ble mise au ban. La tra­jec­toire poli­tique de Stéphane cristallise-t-elle cer­taines lignes de frac­ture de la société corse ?

Il y a en Corse un dén­i­gre­ment du par­cours des généra­tions qui se sont intéressées sur le tard à la poli­tique. Le fait qu’ils ne venaient pas de la mil­i­tance a poussé à caté­goris­er nom­bre de ces jeunes comme de petits voy­ous : Stéphane n’a pas de recon­nais­sance mais surtout, il ne reçoit ni empathie ni com­pas­sion. Quand on voit les amies de sa mère dis­cuter de lui, on assiste à une redéf­i­ni­tion de son par­cours, à sa trans­for­ma­tion en crim­inel via la rumeur. Je voulais en faisant le film qu’il y ait une forme de ten­dresse envers le per­son­nage. Non pas qu’on l’ab­solve ou qu’en fasse un héros. Mais plutôt, en mon­trant la tra­ver­sée de la vio­lence qui est la sienne, de rétablir une empathie avec lui.

Comme dans Les Apach­es, la jeunesse est encore pro­tag­o­niste. Cepen­dant, ce dernier film sem­ble se focalis­er davan­tage les courts-cir­cuits entre deux généra­tions, ce dont témoigne le long dia­logue entre Stéphane et sa mère, con­sciente de n’avoir pas com­pris ses aspi­ra­tions. Peut-on voir dans Une vie vio­lente le por­trait d’une généra­tion trahie ?

On sent que c’est une jeunesse qui a envie de faire par­tie, et les deux films lais­sent le sen­ti­ment de l’énorme gâchis qui résulte de sa mise à l’é­cart. Dans Les Apach­es, il y a cette scène finale, qui mon­tre une fête dont les pro­tag­o­nistes sont exclus. On saisit le con­traste entre ceux qui y sont et les autres, qui sont en dehors et prêts à tout faire, jusqu’au crime, pour entr­er. Il y a une cor­re­spon­dance dans le film au moment où Stéphane se fait, lui, chas­s­er d’une fête et manque même d’être assas­s­iné.

Mais dans Une vie vio­lente le con­stat va plus loin puisqu’il inclut les aspi­ra­tions poli­tiques de Stéphane, qui vient d’une famille poli­tisée et se réc­on­cilie avec le par­cours de sa mère dans son engage­ment. Il y a notam­ment, par­mi les dis­cus­sions en prison, une scène qui a été coupée au mon­tage et qui me touchait beau­coup. L’un des mil­i­tants recon­nais­sait l’im­por­tance des investisse­ments fait par la France dans l’île, le déploiement de moyens tech­niques et financiers. Mais il finis­sait en dis­ant « Donne-moi les jeunes qui sont par­tis au com­bat en 1914–18, donne-moi toute cette énergie-là, les jeunes de 20 ans qu’on ne rever­ra plus, et moi la France je lui laisse toute la dota­tion glob­ale de fonc­tionne, je lui laisse l’ar­gent qu’elle envoie. Mais donne-moi les jeunes ». Dans cette image d’un troc iné­gal, il y a l’idée que la vital­ité, la force de la jeunesse sont irrem­plaçables.

L’idée d’échec, de médi­ocrité, de petitesse est très présente dans la représen­ta­tion de ce com­bat, notam­ment dans l’in­com­préhen­sion de François vis-à-vis de ses hommes mais aus­si dans le par­cours de Stéphane.

On sent dans François une frus­tra­tion devant l’in­com­préhen­sion qui l’en­toure, devant le fait de ne pas être recon­nu comme un grand mil­i­tant. C’est le por­trait d’un chef qui s’imag­i­nait une autre lutte et se retrou­ve can­ton­né à un bout de ter­ri­toire, dépité par la médi­ocrité de ceux qui le suiv­ent.

On ne pou­vait pas dépein­dre des grandes fig­ures, des Che Gue­vara : c’est aus­si cette petitesse qui fait la beauté de la lutte, en même temps qu’elle racon­te une péri­ode his­torique. Le par­cours de Stéphane reste un par­cours inso­lite et sin­guli­er, mais il s’ag­it aus­si d’une éma­na­tion de son temps. Et comme l’époque n’est pas des plus glo­rieuses…

L’un des aspects les plus frap­pants du film est celui du rap­port à la mort de Stéphane. Tout en se sachant con­damné, ce dernier n’a de cesse de rap­pel­er (notam­ment à sa mère) qu’il est encore vivant, même s’il sem­ble peu à peu évoluer tel un fan­tôme par­mi les autres. Com­ment com­pren­dre ce para­doxe ?

Je ne peux l’imag­in­er que d’un point de vue pure­ment filmique, en partageant la per­spec­tive du per­son­nage, qui est dans une con­di­tion con­tra­dic­toire. D’un côté, il y a la vie d’un jeune homme de son âge, et une forme d’idéal­i­sa­tion de la mort, presque un cliché, notam­ment au début du film, au moment où il voit Kurt Cobain et dit qu’il préfèr­erait mourir à 27 ans que de vivre 100 ans comme un clo­porte. Et d’un autre côté il y a une ter­reur vis­cérale de la mort, qu’il con­naît très bien. De fait, Stéphane a un par­cours pro­fondé­ment atyp­ique, à com­mencer par le choix de revenir dans l’île, dans une sit­u­a­tion où il s’ex­pose et devient la proie de ceux qui veu­lent sa mort.

On est devant un geste d’une autre époque, fait par ami­tié, et qui sem­ble incom­préhen­si­ble pour ceux qui l’en­tourent (un peu comme lorsqu’il arrive en prison pour avoir trans­porté les armes d’un ami et se fait appel­er Mon­goli­to). Quand il évoque ses funérailles, il y a quelque chose de touchant et d’en même temps de désuet, d’idéal­isé. Je voulais qu’on ressente cette frac­ture entre le car­ac­tère con­cret, vio­lent de la sit­u­a­tion et en même cette part de naïveté qui per­siste.

Au cours d’une inter­view, Stéphane demande au jour­nal­iste d’écrire son nom à la fin de l’en­tre­tien. Para­doxale­ment, le nom dont il est ques­tion n’est pas men­tion­né dans le film, pas plus que d’autres, puisque les dif­férents pro­tag­o­nistes sont désignés par leur prénom. S’agis­sait-il de mar­quer une dis­tance entre la fic­tion ciné­matographique et le tra­vail d’en­quête, ou le jour­nal­isme ?

Dans les pre­mières scènes du film, il y a déjà une dis­pute à table autour de la mort d’un mil­i­tant. Le par­cours de Stéphane entre en réso­nance avec cette pre­mière mort. C’est le « une » du titre, qui évoque à la fois son anony­mat, le sac­ri­fice d’une vie par­mi d’autres, et qui lui octroie en même temps une dimen­sion col­lec­tive, où l’on retrou­ve sa généra­tion. L’in­ter­view lui rend jus­tice, elle lui per­met de sor­tir au grand jour : on entre dans le moment d’ou­ver­ture qui con­clut le film (même si, ironique­ment, cela reste une inter­view pour Paris Match…). Mais il reste une part d’in­com­préhen­sion, de sidéra­tion devant ce qui arrive. J’ai sou­vent repen­sé durant le tour­nage à la scène finale de Kids de Lar­ry Clark. Ils ont tous fait la fête, ont bu, ont mis leur mai­son sens dessus dessous. Et là, un des jeunes se réveille et s’adresse à la caméra : « Bon sang, qu’est ce qui s’est passé ? »