Il arrive par­fois qu’après un pre­mier film fauché et remar­qué, augu­rant la nais­sance d’un regard, suive un deux­ième autrement plus onéreux et dont on peine à voir la par­en­té avec le précé­dent. C’est le cas de God’s Crea­tures d’An­na Rose Holmer, coréal­isé avec Saela Davis, déjà parte­naires sur The Fits (Saela Davis en était la mon­teuse et la coscé­nar­iste). Si ce pre­mier long n’é­tait pas dénué de lour­deurs, il avait pour lui son atmo­sphère silen­cieuse et étouf­fante, portée par une jeune héroïne à la fois timide et téméraire. Rien de tel ici : l’im­plan­ta­tion dans un vil­lage d’ostréicul­teurs situé sur les côtes irlandais­es (on est loin de la com­mu­nauté afro-améri­caine de Cin­ci­nat­ti) s’ac­com­pa­gne d’une ten­dance à l’ac­cu­mu­la­tion de dia­logues fades. Bri­an (Paul Mescal) retrou­ve Aileen (Emi­ly Wat­son), sa mère, après être par­ti plusieurs années en Aus­tralie. Souhai­tant don­ner une sec­onde jeunesse au parc à huîtres lais­sé à l’a­ban­don par sa famille, le jeune homme voit aus­si dans ce retour au vil­lage l’oc­ca­sion de renouer une rela­tion fusion­nelle avec sa mère et de retrou­ver son amour de jeunesse, la tac­i­turne Sarah (Ais­ling Fran­ciosi).

Il faut tra­vers­er la pénible pre­mière moitié, présen­ta­tion longuette des pro­tag­o­nistes et des rôles qu’ils occu­pent dans le micro­cosme du vil­lage, avant que le pro­gramme de God’s Crea­tures ne se mette réelle­ment en place. Bri­an est accusé de viol par Sarah et Aileen refuse d’y croire, allant même jusqu’à lui don­ner un ali­bi bidon. Bien que le viol reste hors champ, les cinéastes ne lais­sent plan­er aucun doute sur la vérac­ité du crime. L’amour mater­nel absolu devra laiss­er la place au reniement, après un long cal­vaire intérieur qui pousse le per­son­nage à une prise de con­science fémin­iste. Ce chemin vers la soror­ité, d’une grande lis­i­bil­ité, balise le réc­it. Virées en bateau de pêche, défilés d’huîtres sur les tapis roulants de l’u­sine, quelques chan­sons de Sarah : aucune de ces dis­trac­tions ne parvient à rompre le train-train d’un film qui con­naît trop bien sa des­ti­na­tion.