« C’est un hon­neur d’être sélec­tion­né à la Quin­zaine des réal­isa­teurs » dix­it Jim Car­rey, ova­tion­né par les spec­ta­teurs venus décou­vrir son nou­veau film – une œuvre que la présen­ta­tion offi­cielle n’a pas hésité à qual­i­fi­er de « film de réal­isa­teurs, certes, mais égale­ment film d’acteurs ». De là à dire que le tan­dem Jim Car­rey / Ewan McGre­gor dame le pion aux jeunes réal­isa­teurs Glenn Ficar­ra et John Requa et que la présence du film dans la Quin­zaine des réal­isa­teurs relève de l’abus de lan­gage, n’exagérons pas. Car­rey et McGre­gor camp­ent ici respec­tive­ment Steve Rus­sell, arnaque­ur extra­or­di­naire, et de Phillip Mor­ris, dont Steve est éper­du­ment amoureux. Comme Loach, les réal­isa­teurs délais­sent le pathos pon­tif­i­ant pour le comique débridé, et il faut admet­tre que si le film délaisse de fait les prob­lé­ma­tiques sociales liées à l’homosexualité, l’approche adop­tée par les réal­isa­teurs – celle d’une his­toire d’amour fou – fonc­tionne plutôt bien – avec cepen­dant quelques lour­deurs. Car­rey, quant à lui, con­firme sa capac­ité à juguler son tal­ent bur­lesque pour con­stru­ire, comme dans Eter­nal Sun­shine of the Spot­less Mind et The Tru­man Show (les deux films les plus chers à son cœur, selon ses pro­pres ter­mes), la fig­ure dou­ble du per­son­nage jouant à être un acteur, et de l’acteur tou­jours obligé de jouer un per­son­nage, et la néces­sité ver­tig­ineuse du men­songe comme part de la comédie.