Lors de cette 24ème édi­tion, l’équipe d’Entrevues a décidé de met­tre à l’honneur le ciné­ma de Louis Sko­rec­ki. Nous avons pu voir son « dernier » film, Sko­rec­ki démé­nage, qui revient sur son départ de Libéra­tion. On retrou­ve dans ce docu/fiction tout ce qui car­ac­térise le per­son­nage : son aspect enfan­tin, emmerdeur et pro­fondé­ment pas­sion­né. Le film baigne dans une atmo­sphère spec­trale, le cinéaste revenant sur les fan­tômes qui l’habitent : un jour­nal qui l’a aban­don­né, comme il a aban­don­né sa ligne édi­to­ri­ale ain­si que sa qual­ité mil­i­tante. Le dis­posi­tif util­isé par l’auteur est très habile, celui-ci se créant un dou­ble par le biais d’un enfant : le petit Louis et le grand se retrou­ve dans un espace intem­porel dans lequel il dia­logue sur le passé et les raisons de son départ de Libéra­tion. De cette pirou­ette fan­tas­tique, il s’ensuit un ensem­ble de séquences filmées lors du démé­nage­ment, où le per­son­nage Sko­rec­ki inter­roge ses amis de l’époque et se con­fronte vio­lem­ment à la nou­velle équipe, notam­ment à Lau­rent Jof­frin, qui est représen­té comme par­ti­c­ulière­ment tyran­nique. Le jour­nal devient trop petit pour la per­son­nal­ité pas­sion­née de Sko­rec­ki. Mal­gré son ton humoris­tique, ce film est habité par une pro­fonde tristesse, celle d’un homme qui est encore blessé par l’évolution d’une mai­son qui lui tenait à cœur. Il en résulte une œuvre sincère qui traite avec une nos­tal­gie amère d’une belle époque mal­heureuse­ment révolue.