Pourquoi Pao­lo Moret­ti, directeur du Fes­ti­val Inter­na­tion­al du Film de la Roche-sur-Yon et du ciné­ma le Con­corde[1] aler­tait-il, à l’issue de cette 7ème édi­tion, sur l’avenir du ciné­ma et du fes­ti­val alors qu’il se recon­nais­sait pour­tant, dans les colonnes de Ouest France « extrême­ment sat­is­fait de la fréquen­ta­tion de cette année » (22 000 entrées sur 7 jours de fes­ti­val) ? Ces déc­la­ra­tions alarmistes répondaient aux allu­sions au pro­jet de l’« îlot Pio­bet­ta » lancées par le maire LR Luc Bouard dans son dis­cours lors de la céré­monie d’ouverture et de son adjoint à la cul­ture, Jacques Besseau, lors de la clô­ture. Déjà évo­qué publique­ment il y a un an dans les mêmes cir­con­stances, ce pro­jet de con­struc­tion d’un pôle de loisirs de 10 000 m² dans l’ancien col­lège aux abor­ds de la très cen­trale place Napoléon inclu­rait un ciné­ma de qua­tre écrans. Pen­dant le fes­ti­val, Mar­tine Chante­caille, élue de l’opposition, fai­sait part dans Ouest-France de son inquié­tude face à l’incertitude que laisse plan­er l’équipe munic­i­pale à quelques jours du choix du maître d’œuvre du pro­jet. Si le maire assure que l’équipe en place sera « asso­ciée » au nou­v­el équipement, Pao­lo Moret­ti estime, lui, que « le Con­corde et le fes­ti­val sont en dan­ger » en rai­son du flou actuel sur la nature juridique de ce futur ciné­ma et sur l’investissement de la Mairie. Con­cer­nant la ges­tion du futur étab­lisse­ment, elle pour­rait, selon les hypothès­es, être con­fiée à l’équipe du Con­corde, au groupe Cinéville (qui élargi­rait ain­si son parc de 9 écrans en périphérie de la ville avec 4 salles sup­plé­men­taires) ou encore à un troisième opéra­teur. Il va sans dire que l’implantation d’un con­cur­rent direct du Con­corde à quelques rues de ses deux écrans (qui affichent un taux de rem­plis­sage com­pa­ra­ble) met­trait à mal le tra­vail de sen­si­bil­i­sa­tion à la diver­sité du ciné­ma auprès d’un pub­lic local qui fréquente aus­si assidû­ment le fes­ti­val. En effet, depuis 2006, l’Établissement Pub­lic de Coopéra­tion Cul­turelle Ciné­matographique Yon­nais[2], s’est for­mé sur l’ambition com­mune de favoris­er l’accès pour tous au ciné­ma et de dévelop­per l’éducation à l’image.

Quel meilleur signe de ce tra­vail en direc­tion du pub­lic de demain, dans un paysage nation­al de l’exploitation ciné­matographique qui déplore de voir vieil­lir ses spec­ta­teurs, que la créa­tion l’an dernier de la sec­tion Tra­jec­toires des­tinée au pub­lic ado­les­cent et couron­née d’un prix remis par un jury de lycéens ? La prési­dente de l’association de cinéphiles Festi’Clap salu­ait, elle, dans Ouest-France « l’équilibre de la pro­gram­ma­tion de cette édi­tion entre ciné­ma pop­u­laire et ciné­ma de recherche ». Ne pas soutenir la via­bil­ité du Con­corde con­stituerait une véri­ta­ble men­ace pour la péren­nité du fes­ti­val. En effet, fidélis­er le pub­lic, favoris­er une poli­tique tar­i­faire acces­si­ble, offrir une pro­gram­ma­tion diver­si­fiée sont des mis­sions qui ne peu­vent s’accomplir que sur un temps long et en étroite col­lab­o­ra­tion avec les acteurs locaux, publics, cul­turels et asso­ci­at­ifs, mais qui doivent aus­si s’appuyer sur des rela­tions de con­fi­ance durables avec les dis­trib­u­teurs. C’est sur ce tra­vail au long cours que s’appuie le fes­ti­val qui, s’il se voy­ait coupé de son pub­lic et de son accès au film, aurait les plus grandes dif­fi­cultés à sur­vivre ! Des films, il y en avait bel et bien dans cette ent­hou­si­as­mante édi­tion du fes­ti­val où, en marge de la com­péti­tion, on pou­vait décou­vrir quelques mer­veilles.

Balades au cœur des bois

Un amour d’été de Jean-François Lesage

C’est, de son pro­pre aveu, une rup­ture à l’orée de l’été qui a don­né envie à Jean-François Lesage de s’intéresser à la façon dont on aime, à Mon­tréal, pen­dant les beaux mois de l’année. Invité triste à la fête de la séduc­tion éphémère, le cinéaste a tourné la nuit dans le parc Mont Roy­al. L’utilisation d’une caméra ultra-sen­si­ble et les réglages peu ortho­dox­es d’un étalon­neur lui ont per­mis de don­ner à ces balades noc­turnes d’oniriques teintes flu­o­res­centes. Les ombres chi­nois­es qui se découpent sur cette nuit de con­te sem­blent toutes à la recherche de l’amour. Par­fois, l’aléa de la ren­con­tre doc­u­men­taire immé­di­ate tourne court et ne va pas plus loin que la dis­cus­sion de comp­toir entre amis éméchés, ce qui tranche avec le lyrisme un peu appuyé des poèmes de Jonathan Lamy com­posés spé­ciale­ment et placés en exer­gue. Pour­tant, le dis­posi­tif min­i­mal­iste mis en place par Jean-François Lesage et son équipe réduite offre de beaux moments. Lorsque la caméra se couche dans l’herbe aux côtés d’un garçon qui décrit le com­porte­ment fan­tasque des ses amis à sa récente com­pagne ; ou encore dans cette dis­cus­sion menée avec un sérieux tout rohmérien sur l’art de con­duire au mieux une scène de ménage. Des vingt-deux nuits de tour­nage, le cinéaste ne fait qu’une seule, évi­tant tout retour à la vie diurne. Le film se déleste ain­si pro­gres­sive­ment du monde social. Tan­dis qu’une meute de ratons laveurs colonise les buis­sons, la caméra s’en­fonce tou­jours plus loin dans les pro­fondeurs de la forêt jusqu’à ren­con­tr­er un groupe qui sem­ble avoir élu rési­dence dans le parc pour la sai­son, équipé de réchauds et de pro­vi­sions pour échap­per le temps d’un été, ou le temps d’un film, à la vie civil­isée.

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L’Or­nitho­logue, João Pedro Rodrigues

Nous revien­drons bien sûr en détail sur L’Ornithologue au moment de sa sor­tie le 30 novem­bre, mais sa présen­ta­tion en séance spé­ciale lors du fes­ti­val rap­pelait avec force la sin­gu­lar­ité de ce cinéaste très juste­ment couron­né Meilleur réal­isa­teur à Locarno l’été dernier. La fidél­ité à son équipe tech­nique (Rui Poças, Raphaël Lefèvre et bien sûr João Rui Guer­ra da Mata) dit bien la con­stance d’un cinéaste qui ne se con­tente pas de faire des films, mais qui con­stru­it une œuvre peu­plée d’obsessions. Au point qu’il va cette fois jusqu’à met­tre en scène sa pas­sion de jeunesse pour les l’observation des oiseaux et à pass­er devant la caméra mal­gré sa répug­nance à jouer. Dans L’Ornithologue, comme dans ses films précé­dents, il est ques­tion de méta­mor­phose du corps comme de trans­for­ma­tion de la forme du film. Le doc­u­men­taire ani­malier devient film fan­tas­tique à mesure que Fer­nan­do (Paul Hamy), au hasard d’un naufrage, délaisse l’observation des cigognes noires pour celle d’étranges rites païens. Séquestré par deux jeunes Chi­nois­es sadiques, il s’enfonce dans une forêt dont on ne sait jamais si elle lui offrira refuge ou le retien­dra pris­on­nier. Réc­it d’un regard, L’Ornithologue est aus­si un par­cours ini­ti­a­tique qui mélange joyeuse­ment les sym­bol­iques religieuses pour faire le réc­it de la nais­sance de Saint Antoine, saint patron de Lis­bonne. On est encore hébété par cette aven­ture dans les abîmes de l’i­den­tité quand le film nous jette sur les trot­toirs bruyants de Padoue.

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The Chal­lenge de Yuri Ancar­ani

On avait décou­vert (et beau­coup aimé) Yuri Ancar­ani avec San Siro, il y a deux ans au Ciné­ma du Réel. Vision cauchemardesque du stade milanais de San Siro échap­pée d’un vieux rêve futur­iste, le film par­ve­nait à mêler flam­boy­ance et doc­u­men­taire d’auscultation sur un sujet pour­tant aus­si arty, et guet­té par le cool, que l’est le foot­ball au ciné­ma. Exploré dans ses moin­dres recoins, l’édifice lais­sait peu à peu paraître un vis­age inquié­tant sous son fard de béton : celui d’une grande machine de con­trôle panop­tique, dont les cen­taines de caméras sem­blaient moins déployées pour enreg­istr­er le match que pour sur­veiller le moin­dre cen­timètre-car­ré de l’enceinte. C’était le pro­gramme, gros comme le nez au milieu de la fig­ure, de toute cette aveuglante mon­u­men­tal­ité qui rendait sa vir­tu­osité presque par­o­dique : faire enten­dre, au sein d’un édi­fice bâti en plein âge d’or mus­solin­ien, l’écho du tri­om­phal­isme fon­da­teur des Dieux du stade. Sous des dehors gra­tu­ite­ment grandil­o­quents, au fond Ancar­ani ne fai­sait que recon­naître les sous-basse­ments fas­cistes com­muns au foot­ball et au ciné­ma comme spec­ta­cles de mass­es. Restait à véri­fi­er si The Chal­lenge, ramené des paysages déser­tiques du Qatar à la com­péti­tion Nou­velles Vagues du fes­ti­val de La Roche-sur-Yon, emprun­terait le même chemin que le majestueux San Siro.

Ver­dict : oui et non. Oui, parce qu’un tel sujet (des joutes de fau­cons organ­isées entre émirs au beau milieu du désert qatarien, et tout le cirque qui s’y rat­tache) offrait à Ancar­ani l’occasion idéale de pro­longer le geste cri­tique esquis­sé par son dernier film. Et c’est peu dire qu’entre un essaim de Hel­l’s Angels en Harley dorées, les fran­chisse­ments de dunes en Hum­mer lancés comme des majorettes, les par­ties de FIFA en plein désert et les pro­prié­taires de gué­pards domes­tiques, il n’y avait que l’embarras du choix. Le prob­lème, hélas prévis­i­ble, c’est qu’à défaut de pas­sion coupable mais sincère sur laque­lle s’appuyer, comme c’était le cas du foot­ball pour San Siro, l’ironie prend d’emblée le pas sur tout le reste. Résul­tat, si amu­sante soit-elle au demeu­rant, l’enfilade de tableaux d’oisiveté finit par ne dessin­er de ce roy­aume de bédouins richissimes qu’un por­trait de monar­ques certes fainéants, mais pas antipathiques pour autant. Si bien qu’en regard de l’examen (auto)critique auquel s’employait en out­re San Siro, The Chal­lenge se com­plaît non seule­ment dans un sec­ond degré un peu facile, mais s’enivre par-dessus le marché de ses pro­pres hardiess­es plas­tiques. Même ce vol de fau­con embed­ded, filmé à l’aide d’une caméra-cra­vate accrochée sur un volatile, ne parvient pas à dop­er le film d’un sem­blant d’inspiration. On ne fera pas à Ancar­ani le reproche d’une sophis­ti­ca­tion qui nous avait tant plu, et qui manque cru­elle­ment au petit monde du doc­u­men­taire de créa­tion, mais il faut bien avouer qu’en regard de nos attentes, légitimes, The Chal­lenge est une petite décep­tion.
A.D.

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Home Sweet Home

C’est tout droit venues de la dernière édi­tion de Sun­dance qu’étaient issues la plu­part des très belles décou­vertes faites à La Roche-sur-Yon. On avait tôt fait d’oublier son héraut, l’horrible The Birth of a Nation de Nate Park­er, qui pas­tiche le titre du film de DW Grif­fith pour met­tre en scène une révolte d’esclaves noirs dans l’Amérique du 19ème siè­cle. Face à ce mon­u­ment d’académisme à la pho­togra­phie scin­til­lante d’artifice et aux sen­ti­ments empha­tiques, des œuvres plus mod­estes mon­traient moins les mus­cles mais témoignaient de davan­tage de finesse. Trois films qui, cha­cun à leur manière, et dans des gen­res aus­si dif­férents que le film d’horreur, le mélo­drame et la chronique min­i­mal­iste, fil­ment des per­son­nages qui se heur­tent à la dif­fi­culté de con­stru­ire un foy­er.

Under the Shad­ow de Babak Anvari

C’est sur la fausse piste du film social sur la cause des femmes en Iran que s’engage Under the Shad­ow de Babak Anvari. Dans le bureau du recteur de l’université de médecine, une jeune femme plaide sa pro­pre cause. Elle souhait­erait repren­dre ses études dont son activisme poli­tique durant la Révo­lu­tion, vite étouf­fée par l’ayatollah Khome­yni, l’a écartée. Le per­son­nage de Shideh, mod­èle de femme libre qui fustige la rigueur de la société patri­ar­cale, fait face à des men­aces bien réelles. L’impossibilité de tra­vailler et les bom­barde­ments réguliers de l’Irak sur Téhéran la con­traig­nent à son foy­er. Mais bien vite, ces men­aces vont devenir bien plus occultes et abstraites, faisant vir­er le réal­isme social héri­ti­er de Kiarosta­mi ou Panahi au film de peur claus­tro­phobe.
À mesure que ses voisins fuient l’immeuble pour se met­tre à l’abri hors de la ville, le monde de Shideh se rétréc­it aux murs de son apparte­ment et de la cave qui sert de refuge lors des bom­barde­ments. Tourné en vingt-deux jours dans un apparte­ment en Jor­danie, Under the Shad­ow trans­forme habile­ment la con­trainte de son décor unique et de son mod­este bud­get en occa­sion de faire pro­gres­sive­ment dis­paraître le monde.
Babak Anvari qui a gran­di en Iran à l’époque où se passe le film aime à répéter son admi­ra­tion pour Steven Spiel­berg. On voit com­ment il a su emprunter à son maître une épous­tou­flante sci­ence de l’espace. Lorsque Shideh sur­saute en voy­ant son reflet dans le miroir, c’est la pure effi­cac­ité du découpage qui insin­ue l’idée d’une présence étrangère dans ce foy­er. C’est cette même puis­sance du rac­cord qui dévoile soudain Dor­sa (Avin Mar­shan­di et son très trou­blant jeu de regards), la fille de Shideh, endormie à l’arrière de la voiture tan­dis que sa mère prend en stop l’enfant des voisins au mutisme inquié­tant. Alors que l’immeuble n’est plus occupé que par des femmes, ce sont sans cesse des hommes sur­gis de nulle part, polici­er, mil­i­taires, qui ramè­nent Shideh aux qua­tre murs de son foy­er. C’est alors à des grands films de siège comme ceux de George Romero ou John Car­pen­ter que l’on songe tant la charge poli­tique et fémin­iste d’Under the Shad­ow est intel­ligem­ment menée.

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Man­ches­ter by the Sea de Ken­neth Lon­er­gan

Autre forme de clas­si­cisme très fine­ment maîtrisé pour un autre film de genre : Man­ches­ter by the Sea, mélo­drame lacry­mal, a très juste­ment touché le pub­lic qui lui a offert son prix. Si le tal­ent de Ken­neth Lon­er­gan se fait rare à la réal­i­sa­tion, c’est que deux expéri­ences mal­heureuses l’ont échaudé dans sa col­lab­o­ra­tion avec les stu­dios. Le remaniement par une dizaine de mains de son scé­nario de Mafia Blues fut la pre­mière. Le remon­tage par le stu­dio de son film Mar­garet, don­nant lieu à une longue bataille judi­ci­aire, en fut une autre. C’est entre-temps au théâtre que le réal­isa­teur tra­vail­la la finesse psy­chologique à laque­lle Mar­tin Scors­ese fit appel pour don­ner plus de pro­fondeur aux per­son­nages de Gangs of New York. Casey Affleck donne sa voix mal posée à Lee Chan­dler, un homme à tout faire soli­taire con­traint de revenir dans sa petite ville d’origine suite au décès de son frère. Même si le réc­it s’ouvre sur un deuil, le pire est déjà sur­venu à Man­ches­ter-by-the-Sea, petite ville côtière sans his­toires. Le tour de force de Lon­er­gan est d’orchestrer mer­veilleuse­ment la vie de la petite com­mu­nauté de pêcheurs avec le drame qui a frap­pé quelques années aupar­a­vant. C’est par de sub­tils flash-backs qui font irrup­tion comme des sur­gisse­ments de sou­venirs refoulés, que se dévoile la fêlure de cet homme. L’alternance entre les deux épo­ques per­met de dos­er le pas­sage de la grav­ité trag­ique à l’humour sar­cas­tique d’avant la cat­a­stro­phe, d’aller et venir sans cesse entre le rêve réal­isé vie d’une de famille pais­i­ble et le cauchemar de son absence. La drô­lerie avec laque­lle un mou­ve­ment de caméra dévoile la com­po­si­tion de la famille de Lee suf­fit à ren­dre poignante la per­spec­tive de son éclate­ment.

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Cer­tain Woman de Kel­ly Reichardt

Point de com­mu­nauté unie dans le Mon­tana filmé par Kel­ly Reichardt dans un 16mm dont le grain donne à lui seul à ressen­tir la rigueur du cli­mat. Mais des femmes seules, incom­pris­es, subis­sant les frus­tra­tions, décep­tion et résig­na­tion. À l’image du train qui par­court en diag­o­nale le pre­mier plan, le film se con­tente de tra­vers­er ces qua­tre vies minus­cules. Lau­ra Dern est une avo­cate harcelée par un client qui ne se résout pas au car­ac­tère indéfend­able de son cas ; le per­son­nage de Kris­ten Stew­art s’est hissé de sa classe moyenne pour devenir avo­cate, mais s’épuise dans un tra­vail à des cen­taines de kilo­mètres de chez elle, tan­dis que la mer­veilleuse Lily Glad­stone joue une cow-girl soli­taire et que Michelle Williams, active woman stressée se révèle une mère et épouse irri­ta­ble. Cette dernière rend vis­ite à un voisin pour lui racheter ses pier­res de taille avec lesquelles elle aimerait bâtir l’un des murs de sa future mai­son. Le tas épars de blocs de gran­it qu’elle con­tem­ple à la fin du film résume à lui seul l’échec à con­stru­ire un foy­er pour ces qua­tre femmes qu’on ne ver­ra que dans des lieux de pas­sage : au bureau, en voiture, dans un din­er ou dans une tente. Mais ces pier­res qui restent à l’état de mon­tic­ule au lieu de con­stituer un mur pour­raient aus­si servir de métaphore à la struc­ture du film. Par petits blocs qui ne se joignent jamais tout à fait, les scènes se suiv­ent et se répon­dent sans que jamais ne naisse de ces esquiss­es un motif général. C’est là la force du film, en même temps que son car­ac­tère résol­u­ment décep­tif : se con­stru­ire avec une infinie déli­catesse comme autant de vues Lumière qui pren­nent le temps de con­tem­pler les poils de chien brossés sur une jupe, un cheval qui trotte dans un champ enneigé. Car c’est bien cette allure que prend ce film, qui restant opiniâtre à ne con­stru­ire aucune intrigue, choisit le plus beau des tra­jets : celui qui ne va nulle part.

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Adrien Denou­ette est l’au­teur du para­graphe sur The Chal­lenge de Yuri Ancar­ani.

Notes

Notes
↑1 Pré­cisons que le pro­gram­ma­teur du ciné­ma et con­seiller de pro­gram­ma­tion du fes­ti­val fait égale­ment par­tie de notre rédac­tion.
↑2 L’EPCCCY est com­posé de la Ville de La Roche-sur-Yon, de la com­mune voi­sine d’Aubigny-les-Clouzeaux et de représen­tants d’associations cinéphiles locales.