S’il est aujour­d’hui pos­si­ble de se pro­cur­er en DVD la qua­si inté­gral­ité des films qu’a réal­isés Orson Welles, ces édi­tions ne sont en revanche pas toutes dignes du même intérêt : qual­ité des copies, per­ti­nence des sup­plé­ments, cer­taines édi­tions sont à préfér­er à d’autres. Petit tour d’hori­zon de la fil­mo­gra­phie idéale de Welles en DVD.

CITIZEN KANE (1941)

La meilleure édi­tion du pre­mier film d’Or­son Welles est celle éditée aux États-Unis par Warn­er : elle béné­fi­cie d’un mas­ter irréprochable tiré d’un inter­posi­tif qui restitue par­faite­ment les nuances de son noir et blanc. Out­re la qual­ité tech­nique du film, on trou­ve dans un deux­ième DVD un doc­u­men­taire pas­sion­nant de deux heures inti­t­ulé The Bat­tle over Cit­i­zen Kane qui con­stitue une biogra­phie très riche du réal­isa­teur, et revient en par­ti­c­uli­er sur les dif­fi­cultés qu’il a pu ren­con­tr­er pour men­er son pro­jet à terme, le per­son­nage de Charles Fos­ter Kane étant très forte­ment inspiré par le mag­nat de la presse William Ran­dolph Hearst, qui voulait faire inter­dire le film. À la vue de ce doc­u­men­taire, on com­prend mieux com­ment ce chef-d’œu­vre a para­doxale­ment com­pro­mis la car­rière de Welles à Hol­ly­wood.

LA SPLENDEUR DES AMBERSON (THE MAGNIFICENT AMBERSONS) (1942)

Le deux­ième film d’Or­son Welles est disponible en France aux édi­tions Mont­par­nasse dans un lux­ueux cof­fret. En plus du film présen­té dans une copie cor­recte, on y trou­ve une inter­view filmée de Bill Krohn, des Cahiers du Ciné­ma, qui resitue le film dans son époque et dans la vie de Welles, et évoque son remon­tage par les stu­dios suite à des pro­jec­tions-tests calami­teuses : le film a été amputé de 45 min­utes et une nou­velle fin a été tournée, sans l’ac­cord de Welles. Un autre bonus valant le détour est la longue inter­view audio de Welles accordée à son biographe Peter Bog­danovich, qui a servi de matière à l’élab­o­ra­tion du livre This Is Orson Welles (Moi, Orson Welles aux édi­tions du Seuil).

LA DAME DE SHANGHAI (THE LADY FROM SHANGHAI) (1947)

Autre film mau­dit dans la fil­mo­gra­phie de Welles, La Dame de Shang­hai, dans lequel il joue aux côtés de sa femme de l’époque Rita Hay­worth, est disponible aux États-Unis dans la col­lec­tion Colum­bia Clas­sics. Comme pour Cit­i­zen Kane, Peter Bog­danovich com­mente le film. Son com­men­taire est incon­tourn­able dans la mesure où, en plus d’être le biographe offi­ciel de Welles, celui-ci est aus­si réal­isa­teur. Son approche du film, à la fois his­torique et tech­nique, n’en devient que plus per­ti­nente.

MACBETH (1948)

Après avoir mis en scène Mac­beth au théâtre puis à la radio, Welles décide d’en faire une adap­ta­tion ciné­matographique. Un cof­fret de trois DVD sort au mois de décem­bre chez l’édi­teur français Wild Side Video, qui pro­pose deux mon­tages dif­férents du film, celui voulu par le réal­isa­teur et celui imposé par la pro­duc­tion. Un troisième DVD con­sacré aux bonus et com­prenant notam­ment un com­para­tif des deux ver­sions, ain­si que des extraits des ver­sions théâ­trales et radio­phoniques de la pièce de Shake­speare par Welles, fait de cet objet une édi­tion de référence pour un film qui n’avait jusqu’à présent béné­fi­cié d’au­cune édi­tion digne de ce nom.

OTHELLO (1952), MR ARKADIN (1955)

Pas­sion­né de théâtre, Welles s’at­taque de nou­veau à Shake­speare et met en scène la pièce Oth­el­lo, qui obtien­dra le Grand Prix du Fes­ti­val de Cannes. L’édi­teur français Aven­ti pro­pose un dou­ble DVD con­tenant « en bonus » son film suiv­ant, Mr Arkadin. Les deux films béné­fi­cient de copies hon­or­ables et sont dénués de sup­plé­ments. Un bonus plus appro­prié aurait été l’es­sai ciné­matographique Film­ing « Oth­el­lo » dans lequel Welles revient sur le tour­nage chao­tique et éten­du sur plusieurs années de son film, mais ce doc­u­men­taire est hélas à ce jour tou­jours inédit en DVD.

LA SOIF DU MAL (TOUCH OF EVIL) (1958)

Welles renoue avec Hol­ly­wood et les stu­dios Uni­ver­sal le temps d’un film, l’ex­cel­lent Touch of Evil, où il joue aux côtés de Charl­ton Hes­ton et Mar­lene Diet­rich. Encore une fois, le style de Welles déplaît, et le film est remon­té dans son dos. Dans un mémo célèbre d’une cinquan­taine de pages, Welles avait pris soin de décrire plan par plan ses volon­tés ini­tiales quant au découpage de son film. Ce même mémo a servi de base il y a quelques années à un remon­tage « direc­tor’s cut » posthume, et il est doré­na­vant pos­si­ble de se pro­cur­er le film dans la ver­sion souhaitée par Welles. En France, le DVD est édité par Uni­ver­sal.

LE PROCÈS (THE TRIAL) (1962), FALSTAFF (CHIMES AT MIDNIGHT) (1965)

Stu­dio Canal a décidé de regrouper dans un cof­fret Le Troisième Homme (de Car­ol Reed), Le Procès et Fal­staff. Le DVD du Procès, adap­ta­tion du roman de Kaf­ka avec Antho­ny Perkins, reprend les mêmes spé­ci­ficités que sa précé­dente édi­tion : on y retrou­ve deux mon­tages dif­férents ain­si que des scènes coupées (sans son). La copie est d’une grande qual­ité. Quand à Fal­staff, nou­velle adap­ta­tion de Shake­speare, c’est la pre­mière fois qu’il est édité en France, et il rend ce cof­fret indis­pens­able. Il est regret­table toute­fois de ne pas pou­voir le trou­ver à l’u­nité.

VÉRITÉS ET MENSONGES (F FOR FAKE) (1974)

Le pres­tigieux édi­teur améri­cain Cri­te­ri­on a ren­du hom­mage au chef-d’œu­vre mécon­nu de Welles, Vérités et Men­songes, en sor­tant un dou­ble DVD com­prenant sur un pre­mier disque une copie restau­rée du film et sur un deux­ième disque un doc­u­men­taire de 88 min­utes inti­t­ulé Orson Welles : One-Man Band, qui trace un beau por­trait du génial touche-à-tout, évo­quant sa pas­sion pour la magie, ses méth­odes de tra­vail (Welles voy­ageait tou­jours avec sa caméra et sa table de mon­tage) et les nom­breux films inachevés qu’il a lais­sés der­rière lui. Ces tré­sors appar­ti­en­nent désor­mais à sa dernière femme, l’ac­trice Oja Kodar. Il est ain­si pos­si­ble de voir des images de ces pro­jets inaboutis que sont The Deep (avec Jeanne More­au), Moby Dick (où Welles, seul face à la caméra, récite des pas­sages du roman de Melville) ou The Oth­er Side of the Wind (avec John Hus­ton). Ces images sont pré­cieuses et per­me­t­tent de cern­er un peu mieux pourquoi le réal­isa­teur s’est vu attribuer un statut de « mav­er­ick » dans son pays : à trop vouloir tourn­er, Welles s’est par­fois égaré, et en plus de l’é­ti­quette de génie incom­pris, s’est vu attribuer celle d’artiste méga­lo­mane. Une de ses cita­tions tirée de ce doc­u­men­taire per­met de mieux appréhen­der l’homme : « The actors pre­tend to be mod­est, you know, but no magi­cian is mod­est, every magi­cian is the great­est magi­cian in the world. »