Cinquième long-métrage réal­isé par Gaël Morel, New Wave est le seul à faire l’ob­jet d’une com­mande de télévi­sion et à ne pas être sor­ti sur les écrans français. Réc­it d’une ami­tié fusion­nelle entre deux ado­les­cents au début des années 1980, le film est une jolie chronique d’ap­pren­tis­sage qui, para­doxale­ment, manque sou­vent de pas­sion.

Pro­jet com­mandé par la chaîne de télévi­sion Arte, New Wave est donc le cinquième long métrage de Gaël Morel et suc­cède à Après lui, film mal aimé sor­ti en 2007. Habitué des per­son­nages un peu bor­der­line, l’an­cien acteur révélé par André Téch­iné dans Les Roseaux sauvages ne déroge pas à la règle avec cette chronique ado­les­cente sur deux jeunes garçons que tout oppose a pri­ori et qui vont finale­ment vivre une ami­tié fusion­nelle au début des années 1980. Éric est rêveur, soli­taire et vient d’un milieu par­ti­c­ulière­ment mod­este où il est dif­fi­cile de con­stru­ire son intim­ité tan­dis que Romain est l’en­fant choyé d’une mère trop proche de lui (Béa­trice Dalle) et s’af­fiche fière­ment auprès de ses cama­rades en arbo­rant un look de rebelle. Tous deux vont se décou­vrir une pas­sion com­mune : la musique et plus pré­cisé­ment celle issue du mou­ve­ment New Wave du début des années 1980 et dont Depeche Mode reste à ce jour l’un des plus beaux représen­tants.

Mais plutôt que de s’in­téress­er vrai­ment à ce mou­ve­ment cul­turel por­teur d’un dis­cours social fort et de s’in­ter­roger sur l’im­pact de celui-ci sur les ado­les­cents de l’autre côté de la Manche, Gaël Morel va plutôt se focalis­er sur la manière dont la New Wave va nour­rir ces deux ado­les­cents en mal de repères se con­stru­isant pro­gres­sive­ment une iden­tité grâce au mimétisme et à l’i­den­ti­fi­ca­tion. Éric envie la vie aisée de Romain qui lui-même ne vit qu’en imi­tant ses idol­es et en singeant leurs tubes. Tout au long du film (plus brusque­ment au milieu), on voit com­ment Romain n’est en fait qu’un pré­texte pour Éric qui n’as­sume pas totale­ment son désir d’é­man­ci­pa­tion face à une famille dont il a honte. Par­ti-pris du réal­isa­teur ou faib­lesse de scé­nario, la force des rap­ports entre les deux ado­les­cents n’est pas assez pal­pa­ble pour que l’on puisse se ren­dre compte du séisme vécu par Éric lorsque son ami­tié pour Romain est totale­ment boulever­sée par des événe­ments inat­ten­dus. Étrange­ment, Romain, qui est pour­tant l’ob­jet de toutes les fas­ci­na­tions, glisse sur le film et n’ac­croche que rarement, générale­ment dans le regard ambigu d’une mère trop pro­tec­trice et qui accepte que son fils l’ap­pelle par son prénom.

Si le spec­ta­teur accepte que cette par­tie du film reste finale­ment un hors champ pro­pre à toutes les inter­pré­ta­tions, alors il pour­ra s’in­téress­er au par­cours plus riche d’Éric, ado­les­cent nor­male­ment mal dans sa peau qui voudrait sor­tir de la médi­ocrité de son exis­tence. Si l’on devine bien facile­ment la nais­sance en fil­igrane du cinéaste (et auquel Gaël Morel s’i­den­ti­fie très cer­taine­ment) avec les pas­sages oblig­és que cela com­porte (avec plus ou moins de bon­heur), c’est prob­a­ble­ment en creux que se dessi­nent les plus jolis moments du film : le maquil­lage d’une petite sœur, l’embarras devant la présence d’une mère pour­tant soucieuse de bien faire, la ren­con­tre for­tu­ite d’un frère rêvé à qui l’on pour­rait dire plus qu’on ne pense, ce sont toutes ces scènes qui font l’hum­ble force d’un télé­film qui n’avait pas ren­con­tré son pub­lic lors de sa pre­mière dif­fu­sion en 2008 et qui n’est pour­tant pas ce que la télévi­sion a de pire à nous offrir, loin de là.