En par­al­lèle d’une tournée-événe­ment sur les écrans de France, Berlin Alexan­der­platz, con­sid­éré comme l’œu­vre-résumé de Fass­binder, sort dans une belle édi­tion DVD, qui rend avant tout hom­mage au tra­vail de four­mi effec­tué pour la restau­ra­tion des négat­ifs de cette saga longue de plus de 15 heures.

Pour­suiv­ant le tra­vail entamé avec qua­tre cof­frets qui cou­vraient une moitié de la car­rière de Fass­binder, l’édi­teur Car­lot­ta sort aujour­d’hui une édi­tion pres­tigieuse pour un film qui a récem­ment acquis une nou­velle jeunesse grâce à une restau­ra­tion minu­tieuse des négat­ifs orig­inels, qui donne à voir aujour­d’hui le film-fleuve Berlin Alexan­der­platz tel que le voulait son réal­isa­teur. La beauté de l’im­age restau­rée pour­rait à elle seule légitimer l’ac­qui­si­tion du cof­fret, mais l’édi­teur ne s’est pas con­tenté du seul film, et pro­pose comme à son habi­tude quelques bonus per­ti­nents.

Pro­duc­tion événe­ment de la télévi­sion ger­mano-ital­i­enne des années 1980, Berlin avait béné­fi­cié à l’époque de ce qui ne s’ap­pelait pas encore un mak­ing-of, et qui ne présente qu’un intérêt très relatif du point de vue du con­tenu, puisque le reportage, long de près d’une heure, don­nait avant tout à décou­vrir les couliss­es du tour­nage de quelques scène du pro­jet pharaonique de Fass­binder. Si ces quelques scènes de tour­nages ne ren­dent guère jus­tice à un pro­jet dont on imag­ine aisé­ment la réal­i­sa­tion épique, elles per­me­t­tent avant tout d’ap­procher quelque peu Fass­binder dans ses œuvres, et de porter un regard som­maire sur quelques moments d’un tour­nage qui, tout autant que le film lui-même, avait ali­men­té les gorges chaudes de la cri­tique télévi­suelle de l’époque en Alle­magne de l’Ouest.

Plus intéres­sants sont les deux bonus con­sacrés à la restau­ra­tion : le pre­mier donne à voir la dif­férence entre l’im­age telle qu’elle a été vue à la télévi­sion de l’époque, et celle d’au­jour­d’hui, dans la qual­ité souhaitée orig­inelle­ment. Si la dif­férence laisse pan­tois, ce n’est rien à côté du tra­vail mon­strueux fourni par l’équipe qui s’est attelée à la restau­ra­tion, et qui est présen­té dans un doc­u­men­taire d’une demi-heure. Plutôt per­tinem­ment con­stru­it, il per­met avant tout de pren­dre la mesure du tra­vail effec­tué, mais aus­si et surtout donne quelques éclair­cisse­ments sur la façon dont le tour­nage et le tra­vail sur l’im­age s’é­taient déroulés à l’époque, grâce au témoignage de Xaver Schwarzen­berg­er, directeur de la pho­togra­phie de l’époque et qui a active­ment par­ticipé à la restau­ra­tion.

Schwarzen­berg­er encore, les prin­ci­paux acteurs Gün­ter Lam­precht, Han­na Schygul­la, Bar­bara Sukowa ou Got­tfried John, la mon­teuse et prési­dente de la fon­da­tion Fass­binder Juliane Lorenz, mais aus­si et surtout Fass­binder lui-même don­nent de la voix dans le plus gros morceau de cette édi­tion DVD : le doc­u­men­taire réal­isé par Lorenz, Berlin Alexan­der­platz : un film somme et son his­toire. Sou­venirs de tour­nage, analyse rétro­spec­tive, anec­dotes per­son­nelles : c’est une belle plongée dans le tour­nage de Berlin, et dans l’in­tim­ité de Fass­binder que pro­pose ce doc­u­men­taire d’un peu plus d’une heure. Eloigné de toute volon­té didac­tique, il donne un éclairage vivant sur le film grâce, prin­ci­pale­ment, aux sou­venirs des acteurs, et qui com­plète per­tinem­ment cette édi­tion DVD, autant que les nom­breux autres entre­tiens et reportage déjà pro­posés en exer­gue des autres films de Fass­binder édités chez Car­lot­ta : la cohérence de leur col­lec­tion con­sacrée au cinéaste se con­firme.
La bande annonce de la ver­sion remas­ter­isée et jusqu’aux lance­ments-résumés qui accom­pa­g­naient la dif­fu­sion à la télévi­sion à l’époque com­plè­tent cette édi­tion qui, si elle n’est pas aus­si rem­plie de bonus que la ter­ri­ble­ment chère et introu­vable en France édi­tion Cri­te­ri­on, reste une bonne édi­tion, digne du film qu’elle présente.