Une fois par mois, Par­al­lax regarde le ciné­ma d’aujourd’hui en miroir de celui d’hier. Ce mois-ci, Dis­clo­sure Day de Steven Spiel­berg renoue avec un ciné­ma de la ren­con­tre extrater­restre. Au-delà d’autres réal­i­sa­tions du cinéaste, le film dia­logue notam­ment avec Con­tact (1997) de Robert Zemeck­is.

« Croyez-vous en Dieu ? » La ques­tion est posée à la chercheuse Eleanore Arroway (Jodie Fos­ter), héroïne de Con­tact (1997), après qu’elle est par­v­enue à capter un sig­nal extrater­restre. Tout comme Dis­clo­sure Day, le film de Robert Zemeck­is, sor­ti près de trente ans plus tôt, s’interroge sur les réso­nances religieuses d’une ren­con­tre entre l’humanité et une intel­li­gence venue d’ailleurs (tout juste détec­tée dans Con­tact, cachée au pub­lic depuis longtemps dans Dis­clo­sure Day). Dans les deux cas, cette dual­ité entre sci­ence et foi s’incarne dans un cou­ple de pro­tag­o­nistes : d’une part Eleanore et le théolo­gien Palmer Joss (Matthew McConaugh­ey), de l’autre Daniel Kell­ner (Josh O’Connor), ana­lyste lanceur d’alerte, et Jane (Eve Hew­son), anci­enne nonne embar­quée à ses côtés. Mais plutôt qu’une oppo­si­tion binaire, les deux films tra­vail­lent en réal­ité une porosité qui se cristallise autour de la notion de croy­ance. La recherche obstinée par Eleanore d’une vie extrater­restre tient en effet de l’acte de foi : après la mort de ses par­ents durant sa jeunesse, la future chercheuse obser­vait les étoiles en espérant les y retrou­ver, con­fon­dant la voûte céleste avec l’au-delà. Dans Dis­clo­sure Day, si Daniel déchiffre le lan­gage alien en le traduisant en équa­tions math­é­ma­tiques, ce don résulte d’un pre­mier con­tact antérieur refoulé avec les extrater­restres, où l’un de ces derniers revêt, dans une vision fan­tas­ma­tique, les atours d’un cerf, sym­bole chris­tique.

Alors, quel est l’objet de la croy­ance des films de Zemeck­is et Spiel­berg ? On peut chercher une réponse dans leurs derniers actes respec­tifs. Con­tact et Dis­clo­sure Day s’achèvent par des voy­ages aus­si inter­galac­tiques que mémoriels : Eleanore nav­igue dans une navette jusqu’à attein­dre une étoile loin­taine, où une présence extrater­restre lui appa­raît avec le vis­age de son père défunt ; tan­dis que Daniel revis­ite son sou­venir enfoui, pour mieux révéler ensuite au monde entier l’existence des vis­i­teurs aliens. Pas de « dis­clo­sure » dans Con­tact, puisque, si cette ren­con­tre du troisième type aide Eleanore à achev­er son deuil, elle en demeure la seule témoin et, à son retour, doit affron­ter l’incrédulité des autorités gou­verne­men­tales. La con­clu­sion ren­verse le scep­ti­cisme ini­tial de l’héroïne quant à la notion de foi : c’est elle qui est désor­mais habitée par une vérité inimag­in­able qu’elle est la seule à croire.

On pour­rait donc lire les deux films en oppo­si­tion. Con­tact dépeint une explo­ration spa­tiale pro­duisant in fine une illu­mi­na­tion indi­vidu­elle. Un pro­gramme annon­cé par le spec­tac­u­laire pre­mier plan du film, lent trav­el­ling arrière s’éloignant de la Terre, qui finit, grâce à la magie des effets spé­ci­aux, par « sor­tir » de l’œil de la jeune Eleanore – l’univers entier fig­ure ain­si un espace intérieur. Sci­ence ou reli­gion, peu importe : le film de Zemeck­is nous racon­te qu’il faut par­fois sil­lon­ner le cos­mos pour trou­ver le sens pro­fond de son exis­tence. Pour Eleanore, l’en­jeu aura été d’apaiser la petite fille en elle (durant le cli­max, un mor­ph­ing super­pose le vis­age juvénile de la chercheuse à celui de Jodie Fos­ter). Spiel­berg vise quant à lui à éten­dre l’émoi enfan­tin des per­son­nages à l’ensem­ble de l’humanité. Les nom­breux dia­logues entre le math­é­mati­cien (Daniel) et la croy­ante (Jane) ser­vent dès lors à réc­on­cili­er des per­spec­tives antag­o­nistes autour d’une même vision, celle des images secrètes d’extraterrestres enfin dévoilées à la télévi­sion. La révéla­tion intime des héros devient finale­ment uni­verselle : dans Dis­clo­sure Day, la lumière est pour tout le monde.