L’inventivité, la beauté et la force, le style rad­i­cale­ment nova­teur des textes de Mar­guerite Duras ont été immé­di­ate­ment recon­nus. Ses films, eux, ont longtemps été sous-estimés. L’écrivain a pour­tant fait œuvre de cinéaste, réal­isant entre 1966 et 1984 dix-neuf films qui repren­nent le ciné­ma à zéro pour expéri­menter d’autres pos­si­bles. « Il/Elle aurait… » : le con­di­tion­nel, qui a ouvert son écri­t­ure à l’imaginaire, à la recherche et au doute, est aus­si un fonde­ment de son ciné­ma.

Avec chaque film, dont le titre promet déjà un autre monde, India Song, Bax­ter Véra Bax­ter, L’Homme atlan­tique, Duras réin­vente une rela­tion entre le réc­it, l’image, le son et leur spec­ta­teur. Les acteurs, Gérard Depar­dieu le pre­mier, trou­vent corps et voix comme nulle part ailleurs. Cette quête d’une poé­tique et d’une forme tou­jours recom­mencée, comme si toute œuvre devait exis­ter selon des modal­ités qui lui sont pro­pres, ont mené Duras loin, très loin sur le ter­rain de l’expérimentation, au point que ses films sem­blent bien plus appartenir à notre temps qu’au sien. On com­prend que cinéastes et artistes con­tem­po­rains y voient une archéolo­gie de leur tra­vail sus­ci­tant impres­sions entê­tantes et sen­sa­tions hyp­no­tiques. Ils sont nom­breux à venir en témoign­er au cours de cette rétro­spec­tive inté­grale des films de Mar­guerite Duras.