Il y a Agathe la quadra un peu coincée et dépassée par la vie, mère céli­bataire et vic­time pas­sive des clichés sur les hommes et les femmes de son âge ; Lucie la fémin­iste exubérante, apôtre de l’amour libre et de l’é­d­u­ca­tion sex­uelle des enfants avec sché­mas et fac-sim­ilés géants à l’ap­pui, dans la joie et la bonne humeur un peu agres­sive ; enfin Marie la dis­crète, qui file depuis des années le par­fait amour avec le père de ses trois enfants. Ces trois sœurs aux car­ac­tères si dis­sem­blables sont pareille­ment sec­ouées par deux événe­ments simul­tanés : l’an­nonce de leur mère Solange qu’à plus de 60 ans elle a un nou­v­el homme dans sa vie ; et la dis­pari­tion de la fille d’A­gathe, Zouzou, 14 ans et bien­tôt 15, qu’on soupçonne — à rai­son — d’être allée con­naître sa “pre­mière fois” avec son petit copain.

Le pre­mier long métrage de Blan­dine Lenoir (qu’on a con­nue comé­di­enne puis réal­isatrice d’une dizaine de courts) for­mule presque lit­térale­ment son grand sujet, notam­ment par le biais du bruyant per­son­nage de Lucie : le rap­port de cha­cun à la sex­u­al­ité, la com­mu­ni­ca­tion éton­nam­ment malaisée sur ce thème dans la France mod­erne. Or rien n’est moins sûr que sa façon d’il­lus­tr­er le sujet offre un angle de vue per­ti­nent sur ce prob­lème de société. Son film con­siste à présen­ter trois cas de femmes d’au­jour­d’hui tels qu’ils pour­raient être tirés d’un test de mag­a­zine féminin, pour révéler à la fin que leurs arché­types de façade cachaient des fêlures intimes — en réal­ité, les clichés invers­es des précé­dents. Une telle démon­stra­tion n’est pas très foli­chonne, et on pour­rait facile­ment prêter au film des arrière-pen­sées de con­sen­sus télé­filmique façon TF1, si les sail­lies comiques ne venaient pas neu­tralis­er ses pen­chants dis­cur­sifs — bien ou mal inten­tion­nés.

Distractions

Il est en effet curieux de voir comme les péripéties gaguesques se jouent presque sys­té­ma­tique­ment en indépen­dance du grand sujet énon­cé. Cer­tains pren­nent celui-ci pour pré­texte et finis­sent par le sur­plomber, comme les sketchs plus ou moins trash ani­més par Lucie (jouée par l’én­ergique Lau­re Calamy, comé­di­enne vue notam­ment dans Un monde sans femmes de Guil­laume Brac) qui va jusqu’à faire mimer une vul­ve de femme avec un mate­las. D’autres s’en détachent car­ré­ment, comme ces appari­tions incon­grues d’une star déchue de feuil­leton améri­cain, ou encore celles de Philippe Reb­bot avec ses longs cheveux, ses gross­es lunettes et son air de joueur largué, moins navrantes mais qui, comme sou­vent avec cet acteur, arrivent comme une touche bur­lesque distrayant du reste. Ce qui fait de Zouzou un film par­fois drôle, avec même quelques minus­cules pointes de réelle bous­cu­lade des idées reçues (ain­si observe-t-on le désir entre la mère Solange et son homme, un type à la fac­ulté de séduc­tion pour­tant pas franche­ment évi­dente), mais qui sem­ble s’ingénier à rester plus anodin qu’il ne l’an­nonce.