En s’in­téres­sant au par­cours d’Amine, surnom­mé Zéro par ses col­lègues policiers en rai­son des affaires minables dont il s’oc­cupe, le réal­isa­teur Nour-Eddine Lakhmari s’est man­i­feste­ment inspiré du polar new-yorkais des années 1970, 1980 et 1990 (Lumet, Mamet, De Pal­ma) dans sa typolo­gie de Casablan­ca : la métro­pole maro­caine, tout en ambiances noc­turnes et plu­vieuses, est mon­trée sous un jour délibéré­ment austère, gan­grenée par la mafia, le prox­énétisme et la cor­rup­tion. Comme si la toile de fond ne suff­i­sait pas, le réc­it charge le pro­fil psy­chologique d’Amine : en plus de ses petites com­bines pas très hon­nêtes, l’homme s’est con­stru­it tant bien que mal entre une mère aux abon­nées absentes et un père autori­taire, désor­mais à sa charge en rai­son de sa sénil­ité galopante. Cela fait beau­coup pour un seul homme mais le sym­bole est là, bien vis­i­ble : à cette dépres­sion menaçante répond la pein­ture pois­seuse d’une ville qui n’of­fre ni per­spec­tives, ni porte de sor­tie.

Sortir de la torpeur

Tel un Ser­pi­co des temps mod­ernes, Amine va croire dans un pre­mier temps qu’il lui est pos­si­ble d’aller seul à con­tre-courant de la fatal­ité : à l’hôpi­tal, lorsqu’il exige que son père soit soigné ou lorsqu’il se met en tête de retrou­ver une ado­les­cente dis­parue, il conçoit naïve­ment que sa pro­pre volon­té puisse suf­fire pour résoudre les prob­lèmes aux­quels il se con­fronte. Mais entre le lax­isme agres­sif des uns et les men­aces hyp­ocrites des autres, le petit flic est vite ren­voyé à sa pro­pre impuis­sance. Mû par un pro­fond sen­ti­ment d’in­jus­tice, Amine devient à la fois mar­tyr et bour­reau. De cette apoc­a­lypse intime, le jeune homme puise une énergie sui­cidaire qui attire en son sein tous les mal­frats qu’il croise sur sa route. C’est cette cir­cu­la­tion d’an­tag­o­nismes qui devient le moteur fic­tion­nel et on sent que le réal­isa­teur a mis beau­coup d’ap­pli­ca­tion à capter avec un souci d’au­then­tic­ité l’am­biance noc­turne des bas-fonds de la ville où cohab­itent les plus dému­nis.

La tentation de la pose

Seule­ment, n’est pas Bri­an De Pal­ma qui veut. À trop vouloir faire de Zero un digne film de genre, le réal­isa­teur s’adonne à quelques lourds effets de style qui, au lieu d’en­richir le pro­pos, ne font qu’en faire ressor­tir sa vacuité. Pourquoi sys­té­ma­tique­ment employ­er un sax­o­phone lan­goureux pour chaque scène d’am­biance ouatée ? Pourquoi démul­ti­pli­er ain­si les ralen­tis à chaque point de bas­cule du réc­it ? Cette sur­charge trahit une propen­sion à trop vouloir en faire, à sur-sig­ni­fi­er chaque sit­u­a­tion con­flictuelle où les acteurs s’épuisent à incar­n­er des per­son­nages dess­inés à gros traits, comme si l’ob­jec­tif final était avant tout de rem­plir le cahi­er des charges du polar-type. L’ex­cès de sérieux avec lequel Nour-Eddine Lakhmari déroule son pro­gramme lim­ite la portée de sa propo­si­tion et donne à Zero des accents de films d’é­cole trop rou­blards pour être com­plète­ment hon­nêtes.