Dans la rubrique home inva­sion à sen­sa­tions fortes de l’été, You’re Next a le mal­heur de venir après le très médi­a­tique Amer­i­can Night­mare, dont le con­cept aguicheur et la pub­lic­ité ont assuré le suc­cès – à tort. Au con­traire de la bau­druche signée James DeMona­co, You’re Next ne glose pas, et repose sur son seul gim­mick : l’an­gois­sant masque ani­mal qui orne l’af­fiche, et qui sert de déguise­ment aux agresseurs.

Le film se dévoile avec moins d’o­rig­i­nal­ité que celle dont son réal­isa­teur, Adam Wingard, se vante dans le dossier de presse[1]. Cela étant, c’est prob­a­ble­ment le seul bémol qu’on peut apporter à la réus­site du film, qui parvient à se jouer avec effi­cac­ité des con­traintes du genre de la home inva­sion[2]. Une scène de famille ten­due sert de canevas : à l’oc­ca­sion de l’an­niver­saire des par­ents, dans leur majestueuse mai­son de cam­pagne, les enfants vien­nent, accom­pa­g­nés de leurs conjoint(e)s. Évidem­ment, les ten­sions s’ex­ac­er­bent vite : l’une sort avec un moins-que-rien, l’autre a séduit son énième étu­di­ante, le troisième pour­rait avoir appelé, franche­ment… Rien que de très prévis­i­ble, en somme, et le week-end famil­ial s’an­nonce peu sym­pa­thique. Heureuse­ment pour tout le monde, l’un des con­joints[3] jette un œil par la fenêtre : mais qu’est-ce donc que ce type avec un masque ani­mal ? Et pourquoi tient-il un arc bandé ? Peu après, l’en­fer se déchaîne sans que la petite famille, à présent réu­nie par défaut, n’y com­prenne rien…

Délais­sant les pistes nar­ra­tives rebattues, You’re Next va éviter la piste basique qui aurait vu les rancœurs famil­iales s’ex­ac­er­ber sous la ten­sion. Au lieu de cela, You’re Next mon­tre une fratrie désem­parée mais com­bat­ive, évolu­ant dans une grande mai­son dont la caméra fait le meilleur usage, util­isant l’e­space d’une façon par­faite­ment lis­i­ble. Le réc­it est émail­lé de sur­pris­es bien­v­enues, tout en con­duisant une par­ti­tion de Grand Guig­nol à la méchanceté réjouie. Avec la maîtrise d’un con­nais­seur du genre, Adam Wingard agite des chif­fons rouges pour mieux désarçon­ner son audi­toire, en le con­duisant là où il ne s’y attend pas. En cela, peut-être le film peut-il effec­tive­ment se tar­guer d’o­rig­i­nal­ité.

Hargneux, gogue­nard et féroce, You’re Next va tran­quille­ment au-delà du jeu de mas­sacre atten­du, vers un vaude­ville âpre et nar­quois. Fort bien con­stru­it et pen­sé, le film a tout de l’ex­er­ci­ce de genre réus­si, à l’in­tel­li­gence formelle effi­cace, au bagage cinéphilique per­cep­ti­ble. Les exem­ples de ce type sont nom­breux en ce moment, plus (The Secret, l’inédit The Pact…) ou moins réus­sis (le trop for­mal­iste The House of the Dev­il, cer­tains seg­ments de V/H/S). You’re Next appar­tient sans nul doute au haut du panier.

Notes

Notes
↑1 On peut ain­si retrou­ver l’une des idées cen­trales du film dans un épisode de Mas­ters of Hor­ror, dont nous ne dirons rien…
↑2 Plutôt en vogue ces derniers temps, il con­siste à met­tre en scène l’in­tru­sion d’in­con­nus malveil­lants dans une mai­son, et la men­ace qui pèse sur les habi­tants.
↑3 Le réal­isa­teur Ti West dans un caméo savoureux de cinéaste indépen­dant car­i­cat­ur­al. Le cast­ing com­prend aus­si la scream queen Bar­bara Cramp­ton, dont les spec­ta­teurs de From Beyond se sou­vi­en­nent avec émo­tion, et le réal­isa­teur Lar­ry Fes­senden, à qui l’on doit l’in­téres­sant The Last Win­ter.