Sur une plage islandaise, deux jeunes amants, Didi et Una, s’étreignent face au soleil couchant à l’horizon. Cette pléni­tude sera mal­heureuse­ment de courte durée : le lende­main matin, le jeune homme meurt acci­den­telle­ment sur la route, juste après avoir promis à Una de quit­ter sa copine, Klara. Bien qu’il traite d’un sujet rebat­tu (le deuil), When the Light Breaks table moins sur l’épanchement sen­ti­men­tal de ses per­son­nages que sur une émo­tion plus retenue. Un plan du début en atteste : der­rière la vit­re d’un immeu­ble qui reflète la mer, Una tente dés­espéré­ment d’appeler au télé­phone son amant décédé. Le débor­de­ment de ses émo­tions se traduit dans l’étendue de l’eau qui se super­pose à son vis­age. Par la suite, sa douleur se révèle d’autant plus vive qu’elle doit rester secrète – elle n’était qu’une amie du défunt aux yeux de ses proches –, ren­dant impos­si­ble toute com­mu­ni­ca­tion et tout partage de ses affects. L’épreuve du deuil devra alors en pass­er par une con­ver­sion du mou­ve­ment de la jeune héroïne : la fuite soli­taire et le repli sur soi lais­sent place à un rap­proche­ment pro­gres­sif avec Klara.

Cette nou­velle ami­tié est actée par un trou­blant rac­cord lors des funérailles de Didi. Devant l’église, Una ini­tie Klara à un jeu optique : elle lui pro­pose de fix­er une fenêtre du bâti­ment qui les sur­plombe, tout en s’éloignant. En résulte la sen­sa­tion de s’élever dans les airs. D’abord filmé du point de vue de Klara, puis du haut de l’église, ce dou­ble mou­ve­ment symétrique, dont le sen­ti­ment d’élévation n’est pas sans évo­quer sym­bol­ique­ment la mort de Didi, vient acter le partage d’une émo­tion entre les deux jeunes femmes. Si la tra­jec­toire scé­nar­is­tique des per­son­nages reste assez bal­isée, le film se révèle plus sub­til qu’attendu, notam­ment dans la séquence finale qui rejoue cer­tains plans de l’ouverture. La cir­cu­lar­ité est alors par­a­sitée par de microvari­a­tions de la scène ini­tiale : l’absence ne saurait être absol­u­ment con­jurée, mais la déchirure provo­quée peut se cica­tris­er dans la mémoire com­mune d’un même être aimé.