Gabrielle (Alice Isaaz), aspi­rante jour­nal­iste par­ti­c­ulière­ment débrouil­larde, décroche un stage dans une pres­tigieuse émis­sion de reportages télévisés. On décou­vre à tra­vers ses yeux la rou­tine de l’équipe, entre tour­nages sous pres­sion, dis­cus­sions en interne et ges­tion des prob­lèmes per­son­nels de cha­cun. Adop­tant une mise en scène sans effets de manche, dont la fac­ture se rap­proche de celle d’un reportage, Vivants s’attache à dress­er un état des lieux de ce milieu : bud­gets en berne, intégrité men­acée par des impérat­ifs com­mer­ci­aux, risques pris par les cam­era­men pour obtenir des images, etc. Cette atten­tion aux dif­férents rouages de l’émis­sion appa­raît égale­ment comme une lim­ite du film, qui sem­ble se borner à un por­trait juste mais sans sin­gu­lar­ité ; par exem­ple, il n’interroge pas en pro­fondeur les ques­tions morales soulevées par ses per­son­nages (jusqu’où aller pour décrocher une image ?). Le film s’appuie par ailleurs sur un socle plus banal lors de son troisième acte : la romance nais­sante entre Gabrielle et son men­tor Vin­cent (Roschdy Zem), illus­trée par des décrochages poé­tiques (des séquences clipesques ryth­mées par une musique éthérée, un numéro de danse) très con­venus.

Dans le dernier plan, qui sem­ble acter la pos­si­bil­ité d’une idylle, Vin­cent filme le vis­age de Gabrielle lui souri­ant à tra­vers l’objectif. Ce geste pro­longe une dynamique à l’œuvre dans deux séquences précé­dentes : tan­dis que la jeune femme regarde un témoignage enreg­istré au milieu d’une zone de guerre, un zoom fait pro­gres­sive­ment dis­paraître les con­tours de l’écran de sorte à met­tre Gabrielle face à l’homme inter­rogé. Il en va de même à la fin du film, lorsqu’elle tente de filmer une girafe échap­pée en plein Paris : si la reporter cherche avant tout à récupér­er une image, le champ-con­trechamp s’organise entre son regard et l’animal en exclu­ant la caméra. Alix Dela­porte esquisse alors un idéal du reportage débar­rassé de ses con­traintes économiques, comme un regard direct sur le monde, à même de faire naître l’empathie ou l’émerveillement. Dom­mage que cette piste de mise en scène reste à l’état d’ébauche.