Pre­mier long-métrage de l’Ar­gentin Gon­za­lo Tobal, Vil­le­gas fut présen­té en sec­tion par­al­lèle au dernier fes­ti­val de Cannes. Sobre, la mise en scène vise le min­i­mal­isme pour se con­cen­tr­er sur la rela­tion con­flictuelle de deux frères que l’en­ter­re­ment de leur père réu­nit. En dépit de cette économie, le film n’évite pas tou­jours les lieux com­muns sur le délite­ment des rela­tions frater­nelles.

Este­ban et Pipa sont frères mais n’ont vis­i­ble­ment pas grand-chose en com­mun. Réu­nis pour un long tra­jet qui les ramène à Vil­le­gas, patelin argentin où leur père doit être enter­ré, ils se regar­dent un peu en chiens de faïence, jugeant inévitable­ment tout ce qui les sépare. D’un côté, Este­ban, le plus déter­miné, fait de sa vie un secret, jusqu’à cette rela­tion amoureuse rivée au hors-champ mais prête à aboutir sur un mariage. De l’autre, Pipa est moins pudique sur ses hési­ta­tions, s’é­garant dans les méan­dres d’une exis­tence dont il ne com­prend pas vrai­ment le sens. Autant sur le plan pro­fes­sion­nel que sen­ti­men­tal, c’est le doux chaos qui règne, ce qui sem­ble ne pas être du goût du frère à la tolérance lim­itée. Sans tomber dans le piège des rancœurs insur­monta­bles ou des lourds secrets de famille, c’est cet irrémé­di­a­ble malen­ten­du que le réal­isa­teur a choisi de capter, et pour cela, il fait preuve d’une patience à toute épreuve.

La mise en scène de Vil­le­gas vise donc à l’é­conomie. Ce min­i­mal­isme se traduit par des éclairages naturels, une caméra et un mon­tage qui lim­i­tent les effets gra­tu­its, mais aus­si par le jeu nat­u­ral­iste de comé­di­ens plutôt inspirés dans des par­ti­tions con­stam­ment sur le fil. Les plans s’étirent, lais­sant le malaise ou le ques­tion­nement s’im­mis­cer. À plusieurs repris­es, le réal­isa­teur parvient à capter quelque chose d’é­mou­vant, comme lorsque Pipa écoute une chan­son qui lui rap­pelle de loin­tains sou­venirs, ou alors au gré d’une ren­con­tre impromptue qui pour­rait chang­er le cours des choses. La patience dont le réal­isa­teur fait preuve offre au regard du spec­ta­teur la per­cep­tion d’une inévitable décep­tion qui n’a pas la vio­lence des coups de théâtre mais qui rap­pelle l’éter­nel retour d’un sen­ti­ment de soli­tude. Loin de la grandil­o­quence d’un ciné­ma scan­di­nave qui prend un malin plaisir à organ­is­er les règle­ments de compte famil­i­aux, c’est ici le non-événe­ment qui prime, au risque de min­imiser les enjeux fic­tion­nels.

La con­séquence pre­mière de cet hon­or­able par­ti-pris est que le film patine par endroits, pris­on­nier de ce rap­port duel aux enjeux trop affaib­lis par un hors-champ qui manque de sig­nifi­ant. En dépit de son évi­dente retenue et de sa dis­tance trop pesée pour ne pas être empesée, Vil­le­gas n’évite pas pour autant cer­tains lieux com­muns sur la lour­deur du passé et les fan­tômes qui le peu­plent : on retrou­vera donc le quo­tas de phras­es assas­sines, de con­fronta­tions physiques et d’an­ci­ennes petites amies rev­enues d’en­tre les sou­venirs pas assez oubliés. En dépit de ses qual­ités de met­teur en scène, Gon­za­lo Tobal peine à faire sor­tir son film de l’anec­do­tique (auquel est trop sou­vent can­ton­né le ciné­ma sud-améri­cain dis­tribué par ici). Atten­dons de voir le sec­ond long-métrage pour voir si l’au­teur aura réus­si à trans­former cet essai encore trop hési­tant pour con­va­in­cre pleine­ment.