Après Rire et châ­ti­ment en 2003, reçu par cer­tains avec bien­veil­lance, Isabelle Doval revient ici avec une comédie sur le lien pro­fond entre deux insé­para­bles goss­es de 13 ans. Mais les par­ents en déci­dent autrement, l’un d’eux doit ren­tr­er au pays : l’Espagne. Un château en Espagne n’est pas seule­ment niais. Le film est émail­lé d’un dis­cours, au mieux mal­adroit, tout à fait dou­teux et nauséabond.

L’argument du film repose sur le duo con­sti­tué par Maxime “le malin” (Jean Sénéjoux), petit blondinet bien né, et Este­ban “le rigo­lo” (Mar­tin Jobert), fils d’immigrés espag­nols. Le papa du sec­ond, pré­para­teur physique de foot­ball (si c’est au PSG, il fal­lait le vir­er avant…), a l’occasion de ren­tr­er au pays. Mais les copains sont telle­ment super copains qu’ils veu­lent le rester toute leur vie. Woaw quel pro­gramme ! Chez le petit Français, la maman (Anne Bro­chet) est tou­jours en deuil, adore les meubles couleurs ternes de chez Habi­tat, tra­vaille tout le temps et peine à débor­der d’affection. Chez les voisins de palier ibères, change­ment d’ambiance : on sent presque l’odeur de char­cu­taille dans la cui­sine où règne une anci­enne reine de beauté (Ángela Moli­na) con­damnée à la pael­la à per­pé­tu­ité. Et puis la gui­tare bien sûr. Dzo­ing dzouing, ah ces Esp­in­gouins, ils savent faire la fête ! C’est vrai­ment trop cool chez les immi­grés : y a de l’odeur et du bruit…

Qu’est ce qui peut sauver une telle entre­prise ? Ah oui, la mise en scène ! Celle-ci tente de créer un intimisme filmé à la pel­leteuse et mon­té avec des pieds plein d’arthrose. Bon, les acteurs alors ! On pour­ra d’abord sur ce point mesur­er tout le courage d’Isabelle Doval : “Je ne voulais pas de cast­ing sauvage. J’avais peur de me retrou­ver avec deux gamins durs à canalis­er. Je voulais deux enfants habitués aux codes d’un plateau de tour­nage, et en même temps avec une forte per­son­nal­ité.” On est car­ré­ment boulever­sé par cette ambi­tion et ce risque en matière de direc­tion d’acteurs. Le résul­tat : deux cabotins qui jouent à faire les comé­di­ens, d’insupportables têtes à claques. On pour­rait ajouter que Lluís Homar, dans le rôle du papa espag­nol, se trans­forme en digne cousin, pour la finesse du jeu, de Gérard Her­nan­dez dans Prends ta Rolls et va point­er ! (Gérard Bal­duc­ci, 1981).

Et pour couron­ner le tout, on se demande si l’on n’est pas en train d’assister à la nais­sance d’un sarko-hort­e­fisme ciné­matographique. On reste inter­dit face à l’opposition entre le petit blanc-bec fort à l’école et l’autre com­plète­ment nul. Tout comme l’idée peu répub­li­caine du “si l’on est d’un pays, on le reste” (for­mulée par deux Burk­in­abés). Et pour finir, le des­tin de ce fils d’immigré qui écrit le Français comme une vache espag­nole est sus­pendu à un jeu télévisé auquel il s’est inscrit pour éviter de ren­tr­er au pays. Peut-être Bouygues et Bol­loré inven­teront-ils bien­tôt des émis­sions de télé-réal­ité où des immi­grants gag­neront le droit de rester en Sarkochie… Un château en Espagne pour­rait donc être, comme beau­coup de films mal­heureuse­ment, un sous-pro­duit télévi­suel pol­lué par son cré­tin­isme et une sim­ple inep­tie qui aurait l’âge men­tal de ses deux héros. Ce n’est, mal­heureuse­ment, pas le cas.