On con­naît le goût de Col­ine Ser­reau pour les sujets de société, depuis Pourquoi pas ? et Qu’est-ce qu’elles veu­lent (1977), con­sacrés à des groupes opprimés et/ou sociale­ment dom­inés (les homo­sex­uels, les femmes), jusqu’au récent Solu­tions locales pour un désor­dre glob­al (2010), démon­stra­tion de ses con­vic­tions écol­o­gistes. Ain­si, quand la réal­isatrice par­ticipe à un stage de récupéra­tion de points, l’envie de faire un film sur ces espaces de la dernière chance pour con­duc­teurs rebelles va presque de soi. Elle par­court donc les cen­tres de stages aux qua­tre coins de la France pour étudi­er cette pop­u­la­tion insou­ciante, revêche au dis­cours de préven­tion routière et per­suadée d’être per­sé­cutée par un État polici­er qui lui vide les poches à coups de radars. Il en résulte un doc­u­men­taire au pro­pos intéres­sant mais à la réal­i­sa­tion laborieuse. Col­ine Ser­reau filme elle-même dans des salles exiguës où les échanges fusent, où la parole se dis­perse, où les ani­ma­teurs s’agitent et les sta­giaires trépig­nent. Pas facile de suiv­re, d’autant plus lorsqu’on décide de pra­ti­quer le plan rap­proché à out­rance. Tout est per­mis, c’est de l’image vidéo de reportage, style années 1990, avec un fil­mage à la Kechiche : un con­cept bien étrange, pas très heureux pour cer­tains des inter­venants filmés en très gros plans, et vite désagréable du fait de son incon­gruité. L’idée de mise en scène ne tient pas et la caméra donne sou­vent la nausée, à coups de zooms inutiles et de filés dis­pens­ables.

L’amour du risque

Ce dis­posi­tif à l’intérêt obscur porte préju­dice à l’intelligibilité d’un pro­pos pour­tant sen­sé sur les para­dox­es des com­porte­ments humains et sur notre capac­ité latente à l’autodestruction. Dans les salles de for­ma­tion, quand le doute fis­sure l’agressivité de façade, les his­toires per­son­nelles lais­sent poindre fragilités et con­tra­dic­tions : chez cet homme triste, drogué à la vitesse, désor­mais obligé de se faire con­duire partout par son père, ou chez cette femme forte en gueule, adepte de gross­es cylin­drées, pen­sant son éman­ci­pa­tion unique­ment par le rap­port sup­posé entre puis­sance auto­mo­bile et place dom­i­nante. Tout est per­mis inter­roge avec bien-fondé le rap­port des con­duc­teurs à la voiture, objet sym­bol­ique d’une société indus­tri­al­isée et cap­i­tal­iste et out­il cathar­tique mal­gré elle. Comme le film char­rie son flot d’experts et de témoins, tous les avis sont don­nés : les pour, les con­tre, les bien au con­traire… Et, mal­gré sa volon­té d’étudier de façon ludique un micro­cosme excen­trique (les chauf­fards en phase de repen­tance), Tout est per­mis som­bre vite dans un didac­tisme plat, sub­mergé par la grav­ité de son sujet réel : le car­ac­tère mor­tifère de nos usages de la route dans leur diver­sité.