Alors que George Cukor a mis en scène Madame porte la culotte (Adam’s Rib, 1949), S.J. Clark­son réalise un film qui aurait pu s’appeler : Mais qui porte le tabli­er dans cette mai­son ? Et, ici, ce n’est pas madame, mais Nigel Slater, som­mité médi­a­tique de la gas­tronomie bri­tan­nique, pour lequel Toast fait office d’évocation – à par­tir de l’ou­vrage auto­bi­ographique éponyme – d’une jeunesse où tout ne fut pas rose.

Faut-il rap­pel­er le cliché voulant que la Grande-Bre­tagne ne serait pas une terre de cui­sine raf­finée ? Mais grâce à des hérauts tels que Jamie Olivi­er et, donc, Nigel Slater, ce n’est plus qu’un mau­vais sou­venir : adieu petits pois verts flu­o­res­cents et dis­pro­por­tion­nés ! Le mot est faible, la cui­sine a fait plus qu’envahir la petite lucarne en France et ailleurs ; assez logique­ment, la voici qui tente de pren­dre posi­tion sur le grand écran[1]. De bien belles heures de ciné­ma en per­spec­tive : après cette homérique et pas­sion­nante guerre de La Guerre des bou­tons dont nous n’avons mal­heureuse­ment pas pu faire état dans nos colonnes, imag­i­nons une bataille entre le biopic de Marithé ver­sus celui de Jean-Pierre Coffe.

Toast nous rep­longe dans le sou­venir de l’horreur gas­tronomique de l’Angleterre des six­ties, ver­sion petite bour­geoisie étriquée pas franche­ment swing­ing. En France, on a la madeleine (de Proust), à l’Angleterre le toast (de T.S. Eliot ?), cha­cun son truc. Avec nos­tal­gie, le film fait donc ressur­gir les sen­teurs et les visions de mets dignes d’une œuvre de sci­ence-fic­tion hal­lu­cinée ; la tarte meringuée au cit­ron étant un per­son­nage à part entière d’une l’intrigue traitée comme le con­te doux-amer du chem­ine­ment d’un jeune garçon vers sa pro­pre vérité. Le tout enrobé d’un régime visuel ne lési­nant pas sur la sucrerie maniérée et pat­inée, ce qui n’est pas sans peser sur l’estomac.

Enfant, Nigel doit subir l’incurie culi­naire famil­iale, et bien­tôt la mort pré­coce de sa mère. Les rap­ports avec son père ne sont pas au beau fixe et ce dernier s’entiche bien­tôt d’une fée du logis un peu « olé olé », se révélant aus­si bonne cuisinière que mégère. Devenu ado­les­cent, une rival­ité haineuse s’installe entre le garçon et sa belle-mère, sur fond, donc, de tarte meringuée au cit­ron. Nous y voici : il porterait bien le tabli­er. Cet éveil aux désirs gas­tronomiques s’accompagne d’une atti­rance pour les garçons, que le film fait émerg­er avec la légèreté d’un pud­ding de Noël. Et la manière con­comi­tante de faire avancer cette aspi­ra­tion aux fourneaux et aux galipettes homo­sex­uelles n’est pas la chose qui laisse le moins dubi­tatif.

Notes

Notes
↑1 Au ray­on culi­naire, la sor­tie de Toast précède d’une semaine celle d’El Bul­li le 12 octo­bre.