Peu de temps après avoir per­du son nou­veau-né, Vera (Cătăli­na Moga), vétéri­naire dans un zoo de Roumanie, apprend que son mari Toma (Paul Ipate) la trompe. Éprou­vée par cette décou­verte, elle laisse s’échapper une tigresse hors de sa cage. La ville en ébul­li­tion organ­ise alors une grande battue, au cours de laque­lle Vera tente de retrou­ver la bête avant qu’elle ne tombe sous les balles des chas­seurs. Cette expédi­tion, qui démarre au mitan de l’intrigue, fait office de cathar­sis : Vera devra notam­ment faire route avec Toma et dénouer les ten­sions nour­ries par leur deuil com­mun (« on va retrou­ver notre chemin », lui dit-elle au cours du tra­jet). L’animal lui-même, recou­vrant sa lib­erté, incar­ne un dou­ble de la vétéri­naire s’affranchissant pro­gres­sive­ment de la peine qui pèse sur ses épaules. Andrei Tănase file la métaphore : Vera reni­fle le lieu où son mari l’a trompée comme pour flair­er la trace de sa rivale, puis passe la nuit dans une cage du zoo plutôt que de ren­tr­er chez elle.

Les ren­con­tres avec l’imposant félin, qui se démar­quent du reste par la ten­sion qu’elles amé­na­gent, pèsent toute­fois peu face à la lour­deur dra­maturgique du scé­nario. Toute la pre­mière par­tie vise, de façon assez laborieuse, à faire con­verg­er un max­i­mum d’enjeux per­son­nels et pro­fes­sion­nels – dont cer­tains demeurent à peine esquis­sés, comme la liai­son sup­posée entre Vera et son assis­tant, ou la men­ace du caïd qui pos­sé­dait aupar­a­vant la tigresse. À force de mul­ti­pli­er de la sorte les pistes nar­ra­tives, le film sem­ble pré­par­er avec trop de soin sa réso­lu­tion, sans pour autant que cette dernière soit à la hau­teur des promess­es. Tigresse manque surtout de mor­dant : la mise en scène, assez imper­son­nelle, s’efface der­rière un réc­it de recon­struc­tion con­venu.