Curieux film que ce Tiens-toi droite qui, con­traire­ment à son titre, assume fière­ment sa drôle de sil­hou­ette, un rien dégin­gandée, volon­taire­ment foutraque, mi-joyeuse, mi-mélan­col­ique. On ne pour­ra que se réjouir de voir débouler sur les écrans un long métrage qui défie les con­ven­tions nar­ra­tives du ciné­ma pop­u­laire hexag­o­nal, même si l’ambition affichée ici n’atteint que rarement son objec­tif. Ce que l’on retient surtout de Tiens-toi droite, comédie fémin­iste qui se veut moins poli­tique qu’humaniste, c’est l’investissement de ses actri­ces, toutes plus for­mi­da­bles les unes que les autres : si l’on ressort déçu de ce film ban­cal, c’est surtout pour elles.

Deux fois à terre, trois fois debout

Tiens-toi droite racon­te les des­tins de trois femmes très dif­férentes : Louise (Mari­na Foïs) est l’une des nom­breuses filles illégitimes du pro­prié­taire d’un press­ing un peu trop porté sur ses employées ; avec ses sœurs, elle a repris l’affaire famil­iale mais aspire à autre chose… En l’occurrence, à men­er un pro­jet de recherche visant à créer la nou­velle poupée idéale. Sam (Noémie Lvovsky) est très amoureuse de son mari, mais la pas­sion char­nelle et l’absence de con­tra­cep­tion ne font pas bon ménage : maman de trois petites filles tur­bu­lentes, elle ne voit plus le jour, et lorsqu’elle apprend qu’elle est à nou­veau enceinte, le ciel lui tombe sur la tête… Lili (Lau­ra Smet), fille de mineur du nord de la France, a tou­jours rêvé de tra­vailler à la mine, mais se retrou­ve un peu mal­gré elle dans la peau de la très offi­cielle Miss Pays Fran­coph­o­nes. Sauf que Lili n’en fait qu’à sa tête, Lili n’a pas vrai­ment les pieds sur terre et pour­tant, Lili voudrait telle­ment « tra­vailler dans l’industrie »… Trois femmes, trois par­cours qui vont finir par se crois­er, trois regards portés par la cinéaste Katia Lewkow­icz sur la con­di­tion fémi­nine, dans un élan a pri­ori fort sym­pa­thique qui priv­ilégie la fan­taisie à la psy­cholo­gie. Plus con­te mod­erne qu’étude soci­ologique, Tiens-toi droite fait d’emblée le choix d’une nar­ra­tion dis­tan­ciée et fait de ses héroïnes des sym­bol­es visant à soutenir un dis­cours qu’il serait ten­tant de caté­goris­er. Mais la réal­isatrice résiste plutôt bien à cet écueil-là : ni out­il de pro­pa­gande, ni pen­sum poli­tique, ni com­pi­la­tion des lieux com­muns égrenés dans cer­tains mag­a­zines, son film reste con­stam­ment en léger décalage avec le réel, imag­i­nant un monde de femmes sans souci obses­sion­nel de réal­isme.

Le bal des actrices

C’est à la fois l’intérêt prin­ci­pal du film, et sa lim­ite. Avec sa nar­ra­tion en zigzag, son mon­tage con­stru­it de liens visuels entre les dif­férents réc­its, sa voix off appliquée et ses ellipses sou­vent cocass­es (c’est peu dire que le scé­nario ne s’embarrasse pas tou­jours de cohérence), Tiens-toi droite sec­oue gaiement le cocoti­er des pré-req­uis de la comédie française, mais pèche par déficit d’émotion. On ne sent jamais réelle­ment proche de ces per­son­nages trop dés­in­car­nés, embringués dans un scé­nario trop écrit, qui les étouffe plus qu’il ne les libère : un comble pour un film qui évoque le long chemin de ces trois femmes vers une forme de lib­erté. L’accumulation de lour­deurs dans le réc­it n’arrange rien : fal­lait-il vrai­ment évo­quer le monde des Miss et celui des fab­ri­cants de poupées pour tor­piller les clichés d’usage sur l’exploitation de l’image des femmes dans l’inconscient col­lec­tif ? Pro­gres­sive­ment, Tiens-toi droite se fait de plus en plus pesant et vain, en dépit de l’énergie déployée par ses comé­di­ennes, toutes très investies dans leur rôle (men­tion spé­ciale à Lau­ra Smet, irré­sistible en Miss bor­der­line et fan­tasque). Elles sont les joy­aux de ce film qui peine à éblouir.