Vince Vaughn et Jon Favreau, auto-proclamés rois de la bud­dy com­e­dy depuis leur col­lab­o­ra­tion pour Swingers en 1996, ten­tent de récidiv­er avec Thérapie de cou­ples. Ils nous infli­gent une comédie réac­tion­naire, qui a franche­ment oublié d’être drôle et s’avère loin de nous ras­sur­er sur l’état des cou­ples mod­ernes.

Cyn­thia et Jason, en mal d’enfant et au bord de la rup­ture, déci­dent de se don­ner une ultime chance avant de divorcer et de tir­er un trait sur huit ans de mariage, grâce à un séjour avec thérapie de cou­ple à l’Éden sur une île du Paci­fique sud. Pour béné­fici­er d’un tarif avan­tageux, ils con­va­in­quent trois cou­ples d’amis com­patis­sants de les accom­pa­g­n­er. À leur arrivée, ceux-ci décou­vrent avec effroi que le mod­ule « thérapie de cou­ple » est oblig­a­toire pour prof­iter de ce séjour de rêve en all inclu­sive. À leurs réti­cences suc­cède la mise à jour de dif­fi­cultés con­ju­gales jusque-là occultées. L’Eden cesse pro­gres­sive­ment d’être par­a­disi­aque pour ces cou­ples dys­fonc­tion­nels. Loin de tout, ils vont bien devoir faire le bilan de leur exis­tence à deux.

Quelle tristesse de voir tou­jours les tal­ents de la télévi­sion con­damnés à des rôles de sec­onde zone au ciné­ma : ici Kristin Davis (Sex and the City) et Kris­ten Bell (Veron­i­ca Mars, Heroes), qui s’est déjà pavanée en biki­ni pour la gen­tille comédie Sans Sarah, rien ne va ! (Nick Stoller, 2008). Il est aus­si dom­mage de nég­liger le pou­voir comique de Malin Aker­man, qui incar­nait une sur­prenante Lila dans Les Femmes de ses rêves (Peter et Bob­by Far­rel­ly, 2007) ! La retenue de leurs per­son­nages, pris en étau dans des rela­tions de cou­ples frus­trantes avec des hommes-enfants qui ne leur por­tent qu’un intérêt aléa­toire, est d’un con­ser­vatisme affligeant. Toutes les ten­ta­tions aux­quelles elles pour­raient suc­comber étant tuées dans l’œuf, les femmes sont main­tenues dans leur fonc­tion mater­nelle et domes­tique et se voient refuser un vrai statut de pro­tag­o­nistes. Le seul objet de désir pro­posé à ces pan­tins en mal d’amour est un étalon aux mus­cles sur­dess­inés et à la chevelure grasse, bien plus ridicule qu’attractif. Du côté des per­son­nages mas­culins, le tableau n’est pas bien glo­rieux non plus. Joey ne rêve que d’aventure extra-con­ju­gale, mais se con­tente de plaisirs soli­taires, quand Jason refuse l’idée même de penser à une autre femme. Désir­er serait déjà tromper. On peut trou­ver ça beau, mais cette droi­ture morale irréal­iste a une con­séquence de taille : Thérapie de cou­ples n’est pas un film de comédie, mais plutôt un film de sci­ence-fic­tion kitsch. Une équipe com­posée de spéci­mens humains, cen­sés con­stituer un échan­til­lon représen­tatif de la civil­i­sa­tion occi­den­tale, se rend dans une con­trée loin­taine et dan­gereuse (une île entourée d’une mer bleue azur emplie de requins), peu­plée d’êtres étranges (un per­son­nel psy­cho­rigide et un gourou pathé­tique) pour un voy­age aus­si intro­spec­tif que géo­graphique.

« Les spec­ta­teurs devaient pou­voir d’identifier à l’un des qua­tre cou­ples… et rire des sit­u­a­tions et des obsta­cles qu’ils vont de voir affron­ter », explique Vince Vaughn dans le dossier de presse. La « sagesse » des per­son­nages (leur inca­pac­ité à agir, à choisir, à sor­tir réelle­ment de leurs gonds, bref à vivre) en fait des êtres pathé­tiques. Face à ces per­son­nages pris­on­niers de leur con­di­tion, aus­si ban­cale ou insat­is­faisante soit-elle, on aurait plutôt envie de pleur­er que de rire. Leur voy­age n’aura con­sti­tué qu’une par­en­thèse au pays des mer­veilles, où leur coach M. Mar­cel (Jean Reno, no com­ment) n’est qu’un ersatz de Magi­cien d’Oz. Après avoir décor­tiqué les prob­lèmes de cha­cun des cou­ples séparé­ment puis en groupe, le film démêle tous les nœuds con­ju­gaux en une seule scène. Quelques cock­tails, de la musique, des jeunes filles en mail­lot de bain, et les qua­tre cou­ples légitimes se refor­ment sur l’île de la ten­ta­tion, le duo de divor­cés venu séparé­ment se retrou­vant comme par magie. L’euphorie de l’ambiance « Spring Break à Can­cún » per­met un deus ex machi­na facile. En quelques lignes de dia­logues, tous les prob­lèmes sont oubliés pour les qua­tre cou­ples ! Et l’ordre patri­ar­cal de se trou­ver réaf­fir­mé après avoir à peine fré­mi…

Ce film déce­vant repose pour­tant sur une ten­ta­tive de glisse­ment générique intéres­sante. Les per­son­nages de Thérapie de cou­ples sont en effet les arché­types du teen movie devenus adultes. Joey (Jon Favreau) et Lucy (Kristin Davis) sont l’ancien cou­ple star du lycée : le quar­ter­back et la pom-pom girl que le bal de la pro­mo a con­traints à une parental­ité pré­coce et à un mariage de con­ve­nance. Cyn­thia (Kris­ten Bell) et Jason (Jason Bate­man), avec leur vie ultra-organ­isée, leurs cos­tumes impec­ca­bles et leur goût démesuré pour les présen­ta­tions Pow­er­Point, sont des ex-nerds devenus car­riéristes. Le voy­age des qua­tre cou­ples, qui aban­don­nent leur vie quo­ti­di­enne sur un coup de tête, relève bien du sché­ma régres­sif du genre : on oublie ses respon­s­abil­ités pour s’éclater comme à l’époque où tout sem­blait encore pos­si­ble. Comme dans le teen movie, on mise sur les allu­sions sex­uelles sans sub­til­ité pour faire rire (la scène de la décou­verte du parte­naire ou la séance de yoga). Mais les pro­tag­o­nistes se voient en fait refuser la pos­si­bil­ité d’incarner pleine­ment les fig­ures pathé­tique­ment drôles du genre. Incar­na­tion d’une mas­culin­ité en crise et d’une matu­rité frag­ile, l’ex-quar­ter­back est inter­rompu par un mem­bre du per­son­nel hôte­lier avant même de com­mencer sa séance de mas­tur­ba­tion, alors que l’adolescent du teen movie subit invari­able­ment l’humiliation d’être décou­vert en pleine appro­pri­a­tion d’une viril­ité incon­trôlée. Le comique de cette scène top­ique repose sur la honte du per­son­nage, source du rire com­pul­sif d’un spec­ta­teur com­patis­sant. Dans Thérapie de cou­ples, ce ressort tombe à plat et la con­fu­sion du per­son­nage est ridicule dans une sit­u­a­tion avortée.

En n’assumant pas d’être morale­ment trans­gres­sifs, Favreau et Vaughn sac­ri­fient les poten­tial­ités de leur pou­voir comique. Le film finit par som­br­er dans la banal­ité. Le glisse­ment généra­tionnel de la for­mule générique demeure inabouti et le résul­tat ne con­duit qu’à une con­clu­sion dép­ri­mante : la jeunesse passe et l’insouciance tré­passe… Bref, les deux scé­nar­istes-acteurs ratent leur coup à ne pas vouloir tir­er.