Comme dans The Father, Flo­ri­an Zeller filme la mal­adie qui touche un indi­vidu en épou­sant le point de vue de ses proches : ici, un cou­ple séparé (Hugh Jack­man et Lau­ra Dern) doit faire face à la dépres­sion de leur fils, Nicholas (Zen McGrath). Adap­té d’une pièce de théâtre, le long-métrage a du mal à se dépar­tir de son matéri­au d’origine : les dia­logues démon­strat­ifs se suc­cè­dent et font appa­raître les per­son­nages, dénués de chair, comme les paramètres abstraits d’un prob­lème pure­ment scé­nar­is­tique. Le diag­nos­tic, sans appel, tombe rapi­de­ment : si le fils est dépres­sif, c’est qu’il a du mal à trou­ver sa place dans une famille recom­posée et mar­quée par le divorce, qu’il ne parvient pas à socia­bilis­er avec ses pairs, que son père est trop occupé par son tra­vail… Le film se mon­tre mal­adroit en voulant ramen­er les caus­es d’un mal, car­ac­térisé pré­cisé­ment par sa com­plex­ité et sa nature aporé­tique, à une suite de con­sid­éra­tions d’une banal­ité décon­cer­tante. En plus de son diag­nos­tic dou­teux, il pro­pose insi­dieuse­ment des remèdes dont la naïveté et le con­ser­vatisme sidèrent : la réu­nion de la famille orig­inelle appa­raît comme le seul hori­zon répara­teur pos­si­ble. Peu à peu, The Son donne la désagréable impres­sion de se servir de la dépres­sion unique­ment comme d’un vecteur pour relancer le réc­it.

L’instabilité psy­chologique du pro­tag­o­niste per­met ain­si à Zeller de jouer sur un rythme binaire, qui ne cesse d’alterner l’espoir de la rémis­sion et le rap­pel trag­ique à la mal­adie. Plus le film avance, plus il prend la forme d’un crescen­do grossier, nour­ri de con­tre­points trag­iques et arti­fi­ciels qui cul­mi­nent avec l’image fan­tas­mée de la guéri­son (Nicholas se retrou­ve en cou­ple, vêtu d’un beau cos­tume, et a même écrit un livre auto­bi­ographique : voilà le vrai bon­heur…). Le tout est naturelle­ment ponc­tué de vio­lons lar­moy­ants qui accom­pa­g­nent le regard pen­sif d’un père tor­turé et impuis­sant. On sort épuisé de cette suc­ces­sion d’images glacées et fascinées par les intérieurs design et les grat­te-ciels new-yorkais, qui dessi­nent un pro­gramme rébar­batif syn­thétisé par l’indéridable mine décon­fite de Hugh Jack­man.