Après The Grudge et The Grudge 2, Sarah Michelle Gel­lar, pili­er des fris­sons for­matés pour ados, revient occu­per notre entre-deux-fêtes de fin d’an­née avec un thriller fan­tas­tique. C’est en mode anti-Buffy, teinte en brun et l’air très grave, qu’elle campe une représen­tante com­mer­ciale qui en veut, mais qui doit néan­moins com­pos­er avec cer­tains trau­ma­tismes anciens. Elle atter­rit dans une ville du Texas qu’elle a con­nu toute petite, et se trou­ve alors en proie à de vio­lentes hal­lu­ci­na­tions, qui pour­raient bien avoir un rap­port avec ce mâle ténébreux qu’elle a ren­con­tré en ville et qui se trim­balle une sale répu­ta­tion… Très vite, on se retrou­ve face à un film stra­bique, un œil rivé sur son ambiance mid­west maus­sade et ses appari­tions effrayantes pou­vant sur­gir à tout moment, l’autre sur l’é­parpille­ment des pièces d’un puz­zle, puisque comme le veut le cliché, les hal­lu­ci­na­tions de la dame ne sont que les man­i­fes­ta­tions d’un passé qui ne passe pas. The Return vise à ménag­er la chèvre et le chou façon Six­ième sens : instiller l’at­mo­sphérique voulue par le genre — et donc faire fris­son­ner un min­i­mum le spec­ta­teur — tout en faisant tra­vailler son intel­lect sur un mys­tère aux indices savam­ment lâchés qui trou­vera à la fin la réso­lu­tion la plus fra­cas­sante pos­si­ble. L’ex­er­ci­ce n’est pas si sim­ple, et les résul­tats sont ici dis­cuta­bles, les deux inten­tions ayant ici ten­dance à se téle­scop­er, voire à se diluer mutuelle­ment. Puisque chaque décor, chaque appari­tion est sus­cep­ti­ble d’être inter­prété comme un indice ou non, le doute quant à leur jus­ti­fi­ca­tion réelle en dimin­ue l’ef­fi­cac­ité dans le réc­it.

“Cher payé”

Mais la cohab­i­ta­tion entre ces deux points du cahi­er des charges n’in­téresse pas vrai­ment, au fond, tant ces derniers sont exé­cutés avec la con­science de l’ou­vri­er appliqué. Aucune trace d’in­spi­ra­tion ou de sous-texte pro­posant une relec­ture intéres­sante de ce par­cours bal­isé n’est déce­lable, que ce soit dans la façon de dis­sémin­er les flash-backs déguisés ou non, de faire se rec­oller les indices, de faire sur­gir l’hal­lu­ci­na­tion dans le réel, de faire du réel une vision (les paysages du Texas) : rien, rien d’autre que le dép­ri­mant min­i­mum syn­di­cal pour que tous les points du cahi­er des charges soient validés. Le film, vrai pro­gramme de con­ven­tions nar­ra­tives à peine retra­vail­lées du genre (pics d’ef­froi surlignés par le coup de vio­lon qu’il faut), ne jus­ti­fie son exis­tence que par sa con­clu­sion qui achève d’assem­bler toutes les pièces du puz­zle — ce qui est tout de même cher payé pour ce que c’est.

Rien du tout, vrai­ment ? Ah, si : de temps en temps, le réal­isa­teur joue un peu de la caméra pour mon­tr­er qu’il est con­cerné par son film. Au fait, qui est Asif Kapa­dia, sig­nataire de ce sous-pro­duit ? En 2001, ce Bri­tan­nique d’o­rig­ine indi­enne avait épaté son petit monde avec The War­rior, char­mante his­toire d’un homme d’armes de l’Inde féo­dale qui, pas en paix avec sa con­science, reje­tait sa fonc­tion et se rebel­lait con­tre son seigneur. Soit un film au clas­si­cisme gâté par l’esthé­tique pub­lic­i­taire par lesquels le réal­isa­teur comp­tait rehauss­er, enjo­liv­er, dynamiser son réc­it. Les brico­lages de Kapa­dia sur The Return (on joue avec le zoom quand l’héroïne et le spec­ta­teur sont cen­sés être desta­bil­isés) ne s’é­car­tent pas de cette ligne fon­cière­ment déco­ra­tive et assez vaine, les effets de réal­i­sa­tion ayant autant d’ef­fet dans un film de genre à la mécanique fatiguée que les rires en boîte dans une sit­com.