Dans leur rési­dence lon­doni­enne, Janet et son mari reçoivent quelques amis proches pour célébr­er des années de luttes poli­tiques. Celle-ci vient en effet tout juste d’être nom­mée min­istre de la San­té au sein du cab­i­net fan­tôme qui regroupe les mem­bres de l’opposition. Mais la célébra­tion va tourn­er aux règle­ments de comptes per­son­nels et de douloureux secrets vont être révélés. Tourné en Angleterre en plein référen­dum du Brex­it, le dix­ième long métrage de Sal­ly Pot­ter – absente des écrans depuis Gin­ger et Rosa sor­ti en 2013 – sem­ble aujourd’hui plus poli­tique qu’elle ne l’avait sans doute anticipé. Aucun indice tem­porel pré­cis de nous est don­né mais The Par­ty pour­rait être con­sid­éré comme une métaphore de l’Angleterre con­tem­po­raine et de ses récents boule­verse­ments. Le réc­it ne se lim­ite cepen­dant pas à la poli­tique qui se retrou­ve rapi­de­ment en arrière-plan, et le film par­le plus large­ment de la société anglaise sans traiter spé­ci­fique­ment de l’actualité. La nom­i­na­tion de min­istre de Janet ne sera d’ailleurs que peu évo­quée en tant que telle, pour laiss­er place aux avis des uns et des autres sur la con­fi­ance à accorder au ser­vice de san­té publique ou encore les sac­ri­fices qu’une femme devrait faire pour sa car­rière.

Véri­ta­ble car­nage social – le film n’est pas sans rap­pel­er d’ailleurs le grinçant film de Roman Polan­s­ki (2011) – The Par­ty met en scène des stéréo­types de la bour­geoise pleine de principes et de valeurs qu’elle ne respecte pas elle-même. Porté par de grands acteurs aux inter­pré­ta­tions par­faite­ment mesurées, le film se démar­que par son humour affûté et un cynisme con­stant qui amuse tout autant qu’il dénonce l’hypocrisie de cette élite bien-pen­sante. Au-delà de la démarche esthé­tique, le recours au noir et blanc ain­si que le choix des décors épurés met­tent en avant le réc­it et les dia­logues pour que rien ne vienne dis­traire les regards.

Huis clos ravageur

Par­ti­c­ulière­ment prop­ice à la cristalli­sa­tion des ten­sions, le for­mat du huis clos est ici par­faite­ment adéquat au sujet et la réal­isatrice a su adapter sa mise en scène pour ne jamais laiss­er son film sta­tique mal­gré l’espace restreint. The Par­ty est inté­grale­ment filmé en caméra à l’épaule, à l’exception de quelques plans fix­es lors de la présen­ta­tion de chaque pro­tag­o­niste. L’unique caméra se déplace dans toute la pro­priété et ne laisse pas une sec­onde d’intimité aux per­son­nages. Elle scrute et s’immisce dans les moin­dres recoins pour expos­er les faib­less­es et les secrets de cha­cun par de mul­ti­ples plans séquences. Les portes sont sans cess­es claquées, fer­mées, ver­rouil­lées pour chercher à isol­er, à enfer­mer encore un peu plus dans cette mai­son qui a déjà des allures de prison. La salle de bain devient alors le lieu où l’on se sent en sécu­rité, pour pren­dre sa ligne de cocaïne, pour s’avouer ses peurs sur son mariage ou son bébé à naître. Tous les per­son­nages ne cessent de se déplac­er pour ten­ter d’échapper à leurs angoiss­es, à l’exception du mari de Janet qui ne quit­tera pas le salon, seul per­son­nage en paix avec lui-même et avec ses déci­sions. Le film illus­tre par­faite­ment le brusque délite­ment des rela­tions lorsque les men­songes sont exposés au grand jour, dans la vie per­son­nelle comme en poli­tique.