Pour son pre­mier long métrage en tant que réal­isa­teur, Everett ne s’aventure pas ici en ter­rain totale­ment incon­nu car il est fam­i­li­er du tra­vail d’Oscar Wilde. L’acteur a déjà joué dans des adap­ta­tions des pièces Un mari idéal et L’Importance d’être con­stant réal­isées par Olivi­er Park­er, et a inter­prété le rôle d’Oscar Wilde sur les planch­es dans la pièce The Judas Kiss de David Hare.
En faisant le choix de réalis­er ce film sur la base de son pro­pre scé­nario, ain­si qu’en s’attribuant le rôle d’Oscar Wilde, Everett a fait un pari risqué qu’il n’a mal­heureuse­ment pas été capa­ble de relever. Par­tant sans doute d’une volon­té de ren­dre hom­mage à l’une de ses idol­es, le résul­tat se révèle davan­tage être un exer­ci­ce nar­cis­sique entraîné par un scé­nario pous­sif à la struc­ture sans orig­i­nal­ité pour le genre, qui use et abuse des flash­backs pour redy­namiser en vain son réc­it.

Un homme comme les autres

Lors de sa dernière virée noc­turne à Paris où il va finir ses jours, Oscar tombe d’une table dans un cabaret après avoir inter­prété “The Boy I Love Is Up in the Gallery” de Nel­ly Pow­er. Depuis son lit de mort, les très nom­breux flash­backs nous font décou­vrir les dernières années de sa vie, prenant comme point de départ sa sor­tie de prison. Everett nous expose alors ici rapi­de­ment ses inten­tions : racon­ter la déchéance de l’homme à tra­vers son amour destruc­teur pour Bosie Dou­glas, et non la gloire de l’artiste. Mais lorsque l’on veut s’at­ta­quer à une telle fig­ure lit­téraire et non à un per­son­nage fic­tion­nel, on ne peut mon­tr­er le déclin de l’homme et s’affranchir autant du passé de l’artiste sans per­dre tout l’in­térêt de la démarche. Il aurait sans doute été plus judi­cieux pour lui ren­dre réelle­ment hom­mage d’explorer le trau­ma­tisme lié à son humil­i­a­tion publique et ses réper­cus­sions sur son inspi­ra­tion artis­tique, qui ont en effet con­duit à sa déchéance. Il n’ex­plique ici que très peu de choses de l’intériorité du per­son­nage et se con­tente d’illustrer la mis­ère, som­brant ain­si dans le pathos, entre alcool, drogue et pros­ti­tu­tion. De plus, les con­stants aller-retours dans la nar­ra­tion ne nous per­me­t­tent pas de pren­dre la mesure du déclin tant physique qu’intellectuel de Wilde. La mise en scène ne sem­ble quant à elle bâtie que sur un seul principe : Everett au cen­tre, qu’importe le cadrage et l’angle de prise de vue. Champ-con­trechamp, plongées et con­tre-plongées, caméra à l’épaule, tout est ici util­isé pêle-mêle sans aucune har­monie ou lien avec ce qui se déroule à l’écran.