On con­naît du ciné­ma uruguayen un goût pour la fan­taisie privée, cou­plé à une représen­ta­tion terre-à-terre du réel et un intérêt appuyé pour le quo­ti­di­en. Une atten­tion toute par­ti­c­ulière, en somme, pour les plus petites par­tic­ules de l’individualité de cha­cun, qu’elles s’incarnent dans la plus grande banal­ité ou dans de brusques éclats d’originalité. Tan­ta Agua, le pre­mier long-métrage d’un duo féminin de jeunes Uruguayennes nées au début des années 1980, ne déroge pas à cette ten­dance. Le film pour­rait peut-être être vu comme une ver­sion fémi­nine des 25 Watts, Whisky et 3 de Pablo Stoll et, pour les deux pre­miers, Juan Pablo Rebel­la. Ce n’est sans doute pas un hasard si ce pre­mier réal­isa­teur est d’ailleurs un des copro­duc­teurs du film – de même d’ailleurs que la réal­isatrice alle­mande Maren Ade (réal­isatrice en 2009 du remar­qué Every­one Else et pro­duc­trice berli­noise avec sa société Kom­plizen Films).

Alber­to est père de deux enfants, séparés de leur mère avec laque­lle les deux jeunes ados vivent. Il en a la garde le temps d’une courte semaine pen­dant laque­lle, sous une pluie bat­tante et inin­ter­rompue, le trio s’installe dans un club de vacances. La las­si­tude, les frus­tra­tions, affec­tions et mal­adress­es de cha­cun, dans ce petit apparte­ment qu’ils louent et dans lequel ils vivent avec une grande prox­im­ité, se cristallisent dans les plus infimes détails.

Chronique d’une famille singulière

L’intelligence des réal­isatri­ces ici se con­dense dans une atten­tion minu­tieuse à cha­cun des trois pro­tag­o­nistes. Si on sent un intérêt tout par­ti­c­uli­er pour la jeune fille, Lucía, qui tire Tan­ta Agua du côté du por­trait féminin et ado­les­cent, Alber­to, le père, et le petit frère Fed­eri­co ne sont pas en reste. Chaque per­son­nage a droit à ses moments d’individualité – le père fait des ren­con­tres de son côté, le temps des vacances, et canalise autant que pos­si­ble sa frus­tra­tion de ne pou­voir utilis­er la piscine du club, à cause de la pluie ; tan­dis que le fils fait l’apprentissage des rela­tions avec son nou­veau copain.

Entre petites frus­tra­tions, nou­velles expéri­ences et fan­taisies, la prin­ci­pale faib­lesse de Tan­ta Agua est dans son for­mat même : celui de la chronique de vacances, de l’intermède, qui veut faire de l’anecdote le prisme par lequel se con­stru­isent les car­ac­tères des per­son­nages. De la représen­ta­tion ciné­matographique et fémi­nine de l’adolescence à la chronique famil­iale (qui part toute­fois de cette amu­sante ques­tion : que se passe-t-il si, pré­cisé­ment la semaine où vous avez enfin la garde de vos enfants et les emmenez en club de vacances, il ne cesse de pleu­voir des cordes ?), Tan­ta Agua apporte peu de renou­veau, en tous cas un peu d’humour dés­abusé devant l’inlassable ironie de la vie. Le film s’inscrit à l’inverse dans l’air du temps et la ten­dance ciné­matographique nationale dans sa mise en scène d’un quo­ti­di­en nour­ri d’absurdité. Rien de nou­veau sous le soleil uruguayen, sinon une sym­pa­thique his­toire pleine d’autodérision.