Pour son pre­mier film, le jeune réal­isa­teur alle­mand, Mar­co Kreuz­paint­ner, met en scène un ado­les­cent qui prend peu à peu con­science de ses atti­rances sex­uelles pour son meilleur ami. Si la sincérité de la démarche ne fait aucun doute, la médiocre mise en scène parvient dif­fi­cile­ment à traduire l’am­biva­lence de cette sit­u­a­tion atten­due et entre­tient mal­heureuse­ment bon nom­bre de clichés sur la com­mu­nauté gay.

Amis de longue date, Tobi et Achim par­tent pour un cham­pi­onnat d’av­i­ron avec leurs copines respec­tives. Encore peu expéri­men­tés pour ce qui est des choses de l’amour et du sexe, les deux ado­les­cents entre­ti­en­nent une rela­tion forte et tein­tée d’am­biguïté. Au cours de ce voy­age, Tobi va pleine­ment pren­dre con­science de son atti­rance pour son meilleur ami. Pour faciliter les choses, le réal­isa­teur a choisi d’isol­er le groupe d’ado­les­cents du reste de la société pour con­stituer un micro­cosme très réduit où cha­cun revêt une fonc­tion type (l’ho­mo­phobe, la fille com­préhen­sive). Et pour faciliter encore plus le com­ing-out de Tobi, l’équipe adverse est unique­ment com­posé de jeunes homo­sex­uels assumés et affichés. En par­tant d’un pos­tu­lat sim­pliste et binaire, le réal­isa­teur va for­cé­ment lim­iter la portée de son pro­pos.

À la rela­tion d’ami­tié trou­ble qui aurait pu don­ner matière à une pas­sion­nante réflex­ion sur l’amour frus­tré, Mar­co Kreuz­paint­ner préfère le comique de sit­u­a­tion en con­frontant de jeunes Alle­mands rem­plis de préjugés à une horde d’ho­mo­sex­uels décom­plexés. Si cer­taines scènes peu­vent prêter à sourire, on n’en oublie jamais le drame intime qui se joue pour Tobi et auquel le film ne donne finale­ment qu’une moin­dre impor­tance. La mise en scène, aus­si paresseuse qu’un télé­film grand pub­lic de pre­mière par­tie de soirée, n’ac­com­pa­gne jamais l’ado­les­cent dans cette quête du désir, dans sa demande de vérité; elle ne fait que l’il­lus­tr­er plate­ment. Au mieux, la sec­onde par­tie insiste – assez pathé­tique­ment d’ailleurs – sur le désar­roi soudain du jeune homme enfin révélé à ses désirs, comme si au dernier instant, le réal­isa­teur s’é­tait sou­venu des raisons pour lesquelles il avait pen­sé ce pro­jet. Du coup, on n’échappe que trop rarement aux pon­cifs sur le mal de vivre de l’ado­les­cent qui assume mal sa sex­u­al­ité. Mélan­col­ie et soli­tude se don­nent for­cé­ment ren­dez-vous, sur fond de musique triste illus­trant un enchaîne­ment de fon­du au noir à l’esthé­tique clip.

Du rose mesuré au noir puis au rose grandil­o­quent, Sum­mer Storm peine pénible­ment à trou­ver sa couleur, et tente de combler tout un ensem­ble de hand­i­caps par une bande-son digne d’une com­pil’ gay élé­men­taire. Du Pow­er of Love des Frankie Goes To Hol­ly­wood au Go West des Vil­lage Peo­ple, le gay pow­er s’af­firme avec toute la mol­lesse d’une comédie famil­iale, bien loin du ton orageux qu’au­rait pu nous laiss­er espér­er le titre, finale­ment très illus­tratif.

À chercher par tous les moyens à ne pas repouss­er le grand pub­lic, le réal­isa­teur se hand­i­cape de trop nom­breux com­pro­mis. Totale­ment dépourvue d’au­dace – tant au niveau de la mise en scène que d’un traite­ment trop tim­o­ré du désir sex­uel – la portée du pro­jet de Mar­co Kreuz­paint­ner s’émi­ette rapi­de­ment. Dom­mage pour les acteurs, Robert Stad­lober en tête, naturels et spon­tanés, seuls capa­bles de don­ner corps à ce réc­it ini­ti­a­tique par­ti­c­ulière­ment laborieux et sur lequel il serait mal­heureuse­ment bien inutile de s’at­tarder.