Du fait de sa pop­u­lar­ité tout entière due à son rôle dans Glee, Chris Colfer sup­porte ce Struck sur ses seules épaules d’ac­teur-scé­nar­iste. Cela pour­rait faire du film un sim­ple caprice de star : si le film prête le flanc aux cri­tiques d’un strict point de vue formel, la can­deur déli­cate de son approche de l’ado­les­cence en fait un pro­jet touchant et éton­nant.

À plus d’un titre, Car­son Phillips, le per­son­nage de Chris Colfer, est struck[1], « foudroyé ». Il l’est, évidem­ment, par la foudre, et ce dès les toutes pre­mières min­utes du film. Il l’est, égale­ment, par l’in­spi­ra­tion – une exigeante maîtresse qui n’a guère de pitié pour ceux qui font les choses à moitié. Car­son Phillips, jour­nal­iste en herbe, entend ne pas décevoir sa muse, et fait donc fig­ure d’idéal­iste absurde dans une petite ville dont le micro­cosme sco­laire est déjà sclérosé par le renon­ce­ment. Les jeunes vivent dans le moule imposé par la société adulte, et les adultes sont défini­tive­ment figés, ou expul­sés de la norme, rejoignant la marge dans la décrépi­tude. Éton­nam­ment, c’est la mélan­col­ie pro­fonde attachée à cette idée que le film choisit de traiter avec le plus d’at­ten­tion.

Pour­tant, l’ar­gu­ment de Struck se veut bur­lesque, sur le papi­er. Le jeune jour­nal­iste, pour étay­er son pro­jet nais­sant de mag­a­zine lit­téraire, qui va lui ouvrir les portes de la grande école de l’é­tat, choisit de faire chanter ses cama­rades de classe, qui le détes­tent, le méprisent, ou les deux, grâce à leurs petits secrets. Avec plus ou moins de pré­ci­sion, le film va donc détailler la mise en place de ce réseau : de là, un mon­tage en épisodes, en sketchs, et la struc­ture en cat­a­logue assez peu homogène de cette par­tie du film. Mais cet angle nar­ratif, qui sem­blait con­stituer le nœud de l’in­trigue, n’est finale­ment qu’un aspect con­tin­gent. En revanche, la per­son­nal­ité pas­sion­née, sans illu­sion ni com­pro­mis­sion, du per­son­nage inter­prété par Chris Colfer forme le cen­tre du film : une pro­bité sans faille, assor­tie d’une ironie mor­dante, qui n’est pas sans rap­pel­er son per­son­nage de Glee, déjà plutôt mar­gin­al.

L’ar­gu­ment dro­la­tique de Struck est un trompe‑l’œil : plus que tout, le pro­pos du film est de cap­tur­er ce moment si par­ti­c­uli­er de l’ado­les­cence où le désir – le devoir – de chang­er le monde est si intense que sa ren­con­tre avec le monde adulte sta­tique ne peut pas se faire pais­i­ble­ment. Foutraque et out­ranci­er, super­fi­ciel et habité de l’en­vie impérieuse de faire drôle quand il s’ag­it de traiter son argu­ment pri­maire de chan­tage, ce Struck-là est bien anodin. Lorsqu’il se penche sur le spleen ado­les­cent et sur la mélan­col­ie de l’adulte, en revanche, il est d’une grande justesse et d’une finesse qui évite le plus sou­vent le pathos. Un beau film qui se dis­simule entre les lignes d’une comédie plus prévis­i­ble.

Notes

Notes
↑1 Mys­tère des tra­duc­tions VF : le Struck by Light­ning orig­i­nal, « foudroyé » donc, se voit réduit à ce seul Struck, pour­tant aus­si peu évo­ca­teur pour les non-anglo­phones…