Avec ce deux­ième volet, con­sti­tu­ant en réal­ité une « demi-suite » dont l’arc nar­ratif ne sera bouclé que dans un troisième film, la fran­chise Spi­der-Verse s’enfonce davan­tage dans le mul­tivers : au-delà de quelques gim­micks visuels hérités du précé­dent New Gen­er­a­tion (les por­tails mul­ti­col­ores et autres glitch­es liés à l’intrusion d’éléments étrangers dans un univers par­al­lèle), Across The Spi­der-Verse explore de nou­veaux hori­zons alors que c’est au tour du jeune Miles de quit­ter son univers d’origine pour en décou­vrir les ver­sions alter­na­tives (un Brook­lyn ten­tac­u­laire hybridé avec Mum­bai, New-York en méga­pole futur­iste) et faire la ren­con­tre de ses alter ego aux pou­voirs arach­néens. Une fois au cœur de la citadelle de la « Spi­der-soci­ety », Miles com­prend que tous les réc­its de ses sem­blables s’articulent autour des mêmes événe­ments struc­turants (la décou­verte des pou­voirs, la perte d’un proche). Refu­sant d’accepter la mort pro­gram­mée de son père, Miles va alors ten­ter de bris­er le « canon » nar­ratif. Para­doxale­ment, Across The Spi­der-Verse reste quant à lui trop sou­vent pris­on­nier de son pro­gramme fondé sur l’accumulation de références et de clins d’œil méta­textuels : le film se com­plaît dans un fan ser­vice rap­pelant même par endroits (l’apparition d’images des films de Sam Rai­mi et de Marc Webb, la repro­duc­tion du fameux mème où plusieurs ver­sions de Spi­der-Man se pointent du doigt) le plus oppor­tuniste de ses cousins en pris­es de vues réelles : Spi­der-Man : No Way Home.

Cette ten­dance est d’autant plus regret­table qu’Across The Spi­der-Verse creuse ponctuelle­ment un sil­lon plus promet­teur. Con­traire­ment cette fois à No Way Home, qui déter­rait les précé­dentes incar­na­tions de Spi­der-Man pour les con­train­dre au cadre for­maté du « Mar­vel Cin­e­mat­ic Uni­verse », Across The Spi­der-Verse embrasse une esthé­tique hétérogène. Si l’essentiel du film adopte une ani­ma­tion 3D singeant le style des comics (sur­faces pointil­lées et iri­sa­tions col­orées typ­iques des impres­sions tra­di­tion­nelles par quadrichromie), la mise en scène nav­igue entre autant de styles visuels que de mon­des par­al­lèles, des aquarelles et formes abstraites de la Terre-65, d’où est orig­i­naire le per­son­nage de Gwen, à l’apparence de papi­er découpé dans une vieille brochure anar­chiste de Spi­der-Punk. À son meilleur, Across The Spi­der-Verse esquisse un patch­work assez grisant : la scène d’ouverture mêle, durant un com­bat au milieu du musée Guggen­heim, les aplats col­orés de la Terre-65, le mod­èle 3D plus clin­quant du Spi­der-Man 2099 et une ver­sion du Vau­tour échap­pée de la Renais­sance ital­i­enne, sem­blable à un cro­quis de De Vin­ci. Au milieu des stat­ues de Jeff Koons se des­sine alors un col­lage formel déli­rant, qui promet d’ailleurs de gag­n­er en ampleur lors de l’affrontement de « La Tache » (un super-vilain tra­ver­sant les dimen­sions à loisir), mal­heureuse­ment relégué au prochain épisode. À nou­veau, les ambi­tions formelles du film se heur­tent à son mod­èle économique reposant sur l’interconnexion de suites en cas­cade ; espérons que le futur Beyond The Spi­der-Verse, prévu pour l’an prochain, saura enfin bris­er la rigid­ité de ce canevas.