À l’aube de l’été 1976, la mère de Mar­tin décède soudaine­ment. Tan­dis que son père et son grand frère, dévastés, ne peu­vent être d’aucun sou­tien pour le jeune ado­les­cent, Kim et Kris­tine, ses amis et cama­rades de class­es, l’accompagnent tant dans son deuil que dans la décou­verte de ses pre­miers émois amoureux. Le film pour­rait se découper en deux par­ties : celle avant l’enterrement au cours de laque­lle Mar­tin se trou­ve en plein déni, puis la sec­onde où il sem­ble tir­er du décès soudain de sa mère un devoir, celui de vivre pleine­ment. Ani­mé par un esprit de résilience, il a besoin, plus que tout, de se sen­tir vivant et d’expérimenter de nou­velles sen­sa­tions. Les moments se voulant forts en émo­tion ne tirent jamais vers le lar­moy­ant mais sont plutôt à l’image des affects de l’enfance, bruts et organiques. Si la caméra ne quitte jamais Mar­tin, de tous les plans, elle se sub­stitue moins à son point de vue qu’elle ne place le regard à sa hau­teur pour être en har­monie avec son ressen­ti et sa sen­si­bil­ité. Ce par­ti pris de n’exploiter qu’un seul arc nar­ratif mal­gré les nom­breux per­son­nages sec­ondaires con­fère au film l’aspect d’un témoignage authen­tique et l’impression de décou­vrir un jour­nal intime.

La bonne cadence

Le per­son­nage de Mar­tin appa­raît pour la pre­mière fois à l’écran en pleine marche sportive (le speed walk­ing, sport qui donne son titre au film). Une séquence d’ouverture métaphorique au regard des semaines qui vont suiv­re pour le jeune ado­les­cent, dessi­nant une épreuve qui le fera grandir en accéléré. Dans la vie comme dans sa dis­ci­pline, Mar­tin se révèlera mal­gré lui comme le plus rapi­de. Lors de ses entraîne­ments, il préfèr­era ain­si ralen­tir la cadence pour marcher aux côtés de son ami Kim plutôt que de pren­dre la pre­mière place. À défaut d’avoir une emprise sur les tristes événe­ments qui frap­pent sa famille, Mar­tin se rac­croche alors à ce qu’il peut encore con­trôler. La dernière séquence du film met en scène la com­péti­tion de marche rapi­de pour laque­lle le jeune Mar­tin s’entraîne depuis des semaines : assumant enfin d’aller plus vite que les autres, à pied comme dans la vie, il boucle joli­ment la boucle. Reste que si Niels Arden Oplev dépeint avec justesse le chem­ine­ment du deuil et l’éveil par­fois douloureux à l’amour, Speed Walk­ing respecte à la let­tre le cahi­er des charges du réc­it d’apprentissage sans s’en éloign­er et, en ce sens, souf­fre d’un cer­tain sché­ma­tisme. En trai­tant d’un thème rebat­tu au ciné­ma le film ne fait donc pas le pari de l’originalité, mais parvient néan­moins à trou­ver son intérêt dans la très grande prox­im­ité qu’il instau­re avec son per­son­nage.