La sor­tie du film népalais Soon­ga­va est notable pour deux raisons : il fait par­tie de ces loin­tains ter­ri­toires dont les films peinent à attein­dre les écrans français et il est le pre­mier film les­bi­en népalais. Copro­duc­tion française, il a été écrit et réal­isé par Sub­ar­na Tha­pa, réal­isa­teur népalais instal­lé en France depuis 1999. Auteur d’un pre­mier court métrage, Mala­mi, il s’es­saye pour la pre­mière fois au long métrage. Dans un con­texte de pro­duc­tion ciné­matographique nationale encore jeune (env­i­ron soix­ante ans) et très peu vis­i­ble, Tha­pa a dû s’ex­il­er en France afin de men­er à bien ce film qui n’au­rait peut-être jamais vu le jour dans son pays d’o­rig­ine.

Transgression

Con­traire­ment à son voisin indi­en, le Népal, pays pour­tant tout aus­si con­ser­va­teur, a adop­té il y a peu une loi autorisant le mariage homo­sex­uel et a déclaré l’ho­mo­pho­bie illé­gale. Si les men­tal­ités ont donc offi­cielle­ment évolué, il reste un long chemin à par­courir pour que les gays et les­bi­ennes népalais puis­sent vivre leur homo­sex­u­al­ité au grand jour. Dans un pays où le mariage for­cé sévit encore, la lib­erté sex­uelle reste une chimère.

Diya et Kiran se côtoient dans une école de danse et devi­en­nent rapi­de­ment très amies. Alors que Diya, qui veut devenir danseuse pro­fes­sion­nelle, est promise à un par­fait incon­nu, sa rela­tion avec Kiran s’in­ten­si­fie. Défi­ant leurs familles, les deux jeunes femmes vont décider d’as­sumer pleine­ment leur homo­sex­u­al­ité et d’emménager ensem­ble. Leur courage les expose à une pres­sion insouten­able et à un véri­ta­ble dan­ger.

Audace ?

Dans un con­texte ciné­matographique où les his­toires homo­sex­uelles abon­dent, on peut toute­fois saluer l’au­dace d’un tel sujet pour un film du Népal où le tabou qui entoure cette ques­tion est roi. Ceci nous fait d’au­tant plus regret­ter la décep­tion que l’on ressent au vision­nage de ce film. Car si les comé­di­ennes sont excel­lentes, elles ne parvi­en­nent pas à rehauss­er un scé­nario bien trop banal, frisant la mièvrerie à plusieurs repris­es. Les clichés se suiv­ent les uns après les autres, les étapes aux­quelles on s’at­tend sont patiem­ment franchies (décou­verte de l’amour les­bi­en, inca­pac­ité à assumer, com­ing-out) et si la rela­tion entre les deux jeunes femmes reste l’élé­ment le plus touchant du film, elle est noyée dans un scé­nario bien trop con­ven­tion­nel. Le per­son­nage de Diya sym­bol­ise le tra­di­tion­al­isme archaïque encore de mise au Népal tan­dis que Kiran sym­bol­ise la moder­nité (on retrou­ve le sché­ma de La Vie d’Adèle d’Ab­del­latif Kechiche, Léa Sey­doux représen­tant la petite bour­geoisie et Adèle Exar­chopou­los la classe moyenne). Mal­gré la dif­férence des mon­des dans lesquelles elles évolu­ent, elles se heur­tent avec la même force au rejet absolu de leurs familles, hor­ri­fiées par ce « vice » et par le qu’en-dira-t-on qui cir­cule. Tha­pa souligne cette simil­i­tude dans une série de mon­tages par­al­lèles sur fond de musique pop sucrée qui affaib­lis­sent beau­coup le film. Si une ou deux sit­u­a­tions sur­pren­nent par leur culot, la mise en scène est bien trop banale pour qu’il nous reste quelque chose à nous met­tre sous la dent. Une scène vers la fin du film (l’af­fron­te­ment entre Kiran et son frère, hon­teux d’avoir une sœur les­bi­enne, qui la sup­plie de repren­dre une vie « nor­male ») le fait bas­culer dans une mor­bid­ité assez glaçante tran­scendée par une belle scène de danse qui le clôt et qui per­met au spec­ta­teur de finir sur une touche légère­ment moins stéréo­typée. Tha­pa avait pour­tant eu l’in­tel­li­gence de choisir de nous mon­tr­er un Kat­man­dou con­tem­po­rain sans nous abreuver d’ex­o­tisme et de pren­dre à bras le corps un sujet fort. Mais un sujet seul ne fait pas un film et on aurait souhaité bien plus d’in­ven­tiv­ité et de finesse.